Côte d’Ivoire : le conseil municipal de Gagnoa transforme le Hall d’information en centre commercial, un projet pas du goût de certains administrés

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Abidjan le 26 mai 2026 – À Gagnoa, le vieux hall d’information fait l’objet d’un bras de fer qui dépasse désormais la simple gestion d’un patrimoine communal. Entre accusations de « bradage » d’un édifice public à des intérêts privés et promesses de modernisation économique, le dossier enflamme les débats dans la cité du Fromager.

Dans une pétition portée par une centaine de personnes, des habitants dénoncent la volonté du conseil municipal de céder cet espace public à une entreprise privée pour y ériger un complexe commercial. Les signataires crient à une confiscation d’un lieu historique servant à la fois d’espace de détente, de rencontres sociales politiques et même de prières occasionnelles pendant certaines fêtes musulmanes.

Mais face à la contestation, le maire de Gagnoa, Youssouf Diabaté, ne recule pas d’un millimètre. Reçu le mercredi 20 mai 2026 à Abidjan par les journalistes des médias artici.info et L’Enquêteur, le premier magistrat de la commune a livré une défense musclée d’un projet qu’il présente comme un tournant historique pour la ville.

« Gagnoa est restée la même depuis notre enfance. Il faut transformer cette ville », martèle-t-il d’entrée, visiblement agacé par la polémique.

Pour lui, il n’existe aucun conflit réel entre la mairie et les populations. Le maire affirme avoir hérité légalement du site lors de la passation de charges en 2018, avec des documents administratifs mentionnant clairement un « bien immobilier privé » appartenant à la commune.

Selon ses explications, le hall d’information faisait partie des biens transférés à la mairie, malgré son utilisation passée comme camp militaire entre 2002 et 2011. « L’espace était abandonné. Nous avons réalisé la clôture pour lui redonner vie », soutient-il.

Le projet prévoit l’installation d’un supermarché moderne porté par l’entreprise China City dans le cadre d’un bail emphytéotique de vingt ans renouvelables, avec un loyer mensuel fixé à 500 000 FCFA à verser sur le compte du trésor public.

Pour les opposants, cette opération ressemble pourtant à une privatisation déguisée d’un espace collectif. Eux dénoncent surtout l’absence de consultation populaire avant l’engagement du projet.

Le premier magistrat de la commune balaie ces accusations avec fermeté. Il assure que la décision a été adoptée « à l’unanimité » lors d’une session du conseil municipal, en présence du préfet, avec la participation de toutes les sensibilités politiques qui siègent au conseil, y compris les représentants du PPA-CI et des indépendants.

« La délibération existe. Le procès-verbal aussi existe. Tout le monde a voté pour », insiste-t-il.

Le maire voit même derrière la pétition des relents politiques à peine voilés. Il souligne que l’initiateur du mouvement de contestation aurait été directeur de campagne d’un adversaire lors des précédentes législatives.

Et pour relativiser l’ampleur de la fronde, l’élu sort les chiffres. « Cent signatures sur 277 000 habitants, ce n’est rien », tranche-t-il sèchement.

Mais derrière cette bataille administrative se cache surtout une guerre de visions. D’un côté, des habitants attachés à un lieu devenu repère social et culturel. De l’autre, une municipalité qui veut faire entrer Gagnoa dans une nouvelle dynamique économique.

Le maire déroule ainsi une véritable opération séduction autour du futur complexe commercial. Il promet des emplois directs et indirects pour les jeunes, des opportunités économiques pour les commerçants locaux et surtout une réduction des déplacements vers Abidjan pour les grands achats.

« Les populations de Bayota, Oumé, Guibéroua ou Diégonéfla viendront désormais acheter à Gagnoa. Ce n’est pas seulement Gagnoa qui gagne, c’est toute la région », affirme-t-il avec conviction.

À l’entendre, ce projet ne constitue qu’un maillon d’un vaste chantier de transformation urbaine. Routes, écoles, maternités, éclairage public, accès à l’eau potable, insertion des jeunes démobilisés dans la police municipale… Le maire dresse le portrait d’une commune en mutation.

Et il revendique même avoir arraché dix kilomètres d’autoroute pour la traversée de la ville grâce à un intense lobbying auprès des autorités et de certains cadres de la région.

Dans cette affaire sensible, le maire assure également avoir privilégié le dialogue communautaire. Chefs de quartiers, responsables de jeunesse et leaders communautaires auraient été consultés pour désamorcer les tensions.

Mais certains de ses propos risquent aussi d’alimenter davantage la controverse. Notamment lorsqu’il évoque son identité communautaire pour expliquer la facilité des échanges avec certaines populations.

« Vous avez la chance que je sois musulman et dioula », lance-t-il à ses interlocuteurs, avant d’imaginer ce qu’aurait été la réaction si le maire avait appartenu à une autre communauté.

Une sortie qui pourrait raviver les critiques dans une ville où les équilibres communautaires demeurent particulièrement sensibles.

En attendant, le projet est lancé. Entre accusations de business immobilier, soupçons d’arrière-pensées politiques et promesses de développement, le hall d’information de Gagnoa est devenu un souvenir.

JEN