PTUA : guerre ouverte au sommet, la fin du projet vire au règlement de comptes

312
Listen to this article

 

Abidjan le 04 Juillet 2026 – Alors que des milliers de personnes attendent toujours leurs indemnisations promises depuis plusieurs années, un nouveau feuilleton secoue le Projet de Transport Urbain d’Abidjan (PTUA). Cette fois, ce ne sont plus les victimes des expropriations qui dénoncent des lenteurs, mais les responsables eux-mêmes qui s’affrontent ouvertement autour de la fermeture du projet. Une bataille administrative qui révèle les véritables enjeux de cette fin de programme financé avec l’appui de la Banque africaine de développement.

Les signes d’une crise profonde étaient déjà perceptibles depuis plusieurs mois. Les reports successifs de la clôture du Programme d’Action et de Réinstallation (PAR), annoncés comme de simples ajustements techniques, semblent aujourd’hui cacher une réalité bien plus embarrassante. Derrière les explications officielles se profilerait une lutte acharnée pour préserver des avantages financiers liés à la poursuite des activités du projet.

 

Réunis à Yamoussoukro du 22 au 26 juin 2026, les responsables du PTUA avaient pourtant fixé une échéance claire : la fin du PAR au 30 juin. Dans la foulée, le 29 juin, le coordonnateur du projet adresse une notification à l’ensemble du personnel. Les agents sont invités à prendre attache avec le responsable administratif et financier afin d’accomplir les formalités de solde de tout compte et de mettre un terme à leurs contrats de travail.

Une décision qui semblait consacrer la fin effective du projet.

Mais le scénario va rapidement basculer.

Selon plusieurs sources proches du dossier, cette note provoque une vive contestation en interne. Parmi les plus actifs figure le sociologue Gouagoua, qui saisit aussitôt son parrain administratif, Jean-Claude Zongo, actuel Directeur de Cabinet du ministre de l’Équipement et de l’Entrerien Routier. Ce dernier cumule également les fonctions de président du Comité de Suivi du Plan d’Action et de Réinstallation (CS-PAR), une position dont la compatibilité avec ses nouvelles responsabilités suscite déjà des interrogations.

Très vite, le directeur de cabinet intervient. Dans une correspondance adressée au coordonnateur, il lui demande de suspendre sa décision et d’inviter l’ensemble des travailleurs à reprendre leurs activités à compter du 6 juillet 2026.

En quelques heures, la décision du coordonnateur se retrouve ainsi pratiquement neutralisée.

Le sociologue Gouagoua, cet homme qui s’est imposé comme l’autorité suprême de la boîte en remettant en cause des décisions d’indemnisation des victimes, s’empresse alors de diffuser cette nouvelle instruction auprès du personnel, appelant les agents à rejoindre leurs postes, comme si la procédure de fermeture n’avait jamais existé.

 

Cette confrontation met en évidence une question fondamentale de gouvernance sur laquelle, nous avons déjà saisi le chef du gouvernement pour des clarifications.

En vertu des textes d’exécution du projet, c’est pourtant le coordonnateur qui dispose du pouvoir de recruter le personnel, de le mettre à la disposition du PAR, mais également d’ordonner les dépenses et le paiement des salaires. Son autorité apparaît donc directement remise en cause par une intervention extérieure qui alimente désormais le malaise au sein des équipes.

 

Cette guerre de compétences intervient dans un contexte particulièrement sensible.

Depuis plusieurs années, le PTUA est vivement critiqué pour les retards enregistrés dans l’indemnisation des populations affectées par les travaux du quatrième pont, de la voie Y4 et du dédoublement de la route de Dabou. Malgré les assurances répétées des autorités et les prorogations successives accordées, plusieurs milliers de personnes attendent encore le versement des compensations qui leur avaient été promises.

Le cas Kobenan Jonas est très parlant ; l’ordre de paiement est donné par le coordonnateur après avis favorable du président du CS-PAR. Mais le sociologue Gouagoua dont la mission est de faciliter les procédures afin de soulager les impactés, y met un pied sur ce dossier.

En 2024, la Cellule de coordination du PTUA reconnaissait elle-même devoir encore des paiements à plus de 5 000 personnes, alors même que des rapports transmis auparavant faisaient état d’une indemnisation totalement achevée.

Cette contradiction continue d’alimenter les interrogations.

Pourquoi prolonger sans cesse un projet dont les principaux ouvrages sont achevés ? Pourquoi repousser à plusieurs reprises sa clôture alors que les engagements contractuels arrivent à échéance ?

 

Pour plusieurs observateurs, les événements de ces derniers jours offrent un début de réponse. La poursuite du projet permettrait également le maintien de rémunérations, de primes et d’autres avantages conséquents liés aux fonctions exercées au sein des différentes structures de gestion.

 

Pendant que les responsables se disputent autour de la fermeture administrative du PTUA, des familles continuent pourtant d’attendre la réparation des préjudices subis après la destruction de leurs habitations et de leurs terres.

Cette nouvelle crise interne pourrait désormais attirer l’attention des partenaires financiers, notamment de la Banque africaine de développement, principal bailleur du projet, sur la gouvernance réelle de cette opération d’envergure.

 

NB : au moment nous mettions sous presse, une source bien introduite nous apprend que le stratège Gouagoua aurait proposé un autre schéma : mettre en place une Commission permanente de cinq personnes pour six mois afin de traiter les dossiers en suspens. Mais là où le bas blesse, cette Commission de cinq personnes est bien sûr composée de ceux qui n’ont pas pu gérer pendant ces deux dernières années de prolongation les dossiers toujours en souffrance avec un personnel même étoffé et complet. Et seulement avec cinq personnes pourront-ils le faire ? Il ne fait l’ombre d’aucun doute, l’on cherche seulement à préserver des postes et des avantages y afférents.

Si cette proposition devrait prendre forme, il serait judicieux qu’aucun de ceux qui ont géré ce dossier y figure.

 

Jules Eugène N’DA