Abidjan veut élargir son horizon économique. Depuis ce mercredi, la capitale économique ivoirienne accueille le tout premier Forum privé ivoiro-russe 2026, une rencontre d’affaires qui ambitionne de jeter les bases d’un nouveau corridor économique entre la Côte d’Ivoire et la Fédération de Russie. Organisé au bord de la lagune Ébrié, l’événement réunit entrepreneurs ivoiriens et russes autour d’un objectif clair : transformer l’intérêt diplomatique en partenariats économiques concrets.
Dès l’ouverture, le ton est donné. Les organisateurs entendent bâtir une plateforme durable d’échanges entre les deux économies. « Le Forum privé ivoiro-russe 2026 vise à créer un cadre structuré d’échanges, de rencontres d’affaires et de découverte touristique », explique Michel Dégny, directeur général de la société Agro-Bât CI, co-organisatrice de l’événement avec la structure russe AGROMIR-NN.
<span;>Pour les initiateurs du projet, cette rencontre est le fruit d’un travail de longue haleine. Depuis plusieurs années, Michel Dégny multiplie les missions économiques vers la Russie afin de convaincre entrepreneurs et investisseurs de s’intéresser au potentiel ivoirien.
« Cette édition est une édition test. Depuis 2018, nous avons organisé plus de seize missions d’affaires en Russie avec des délégations d’entrepreneurs ivoiriens », confie-t-il. À ses yeux, le pari était audacieux à l’époque. « Pendant que beaucoup regardaient vers la Chine, les États-Unis ou l’Europe, nous avons choisi d’ouvrir la porte russe », ajoute-t-il, convaincu que cette stratégie commence aujourd’hui à porter ses fruits.
<span;>Plus de cent entreprises ivoiriennes ont répondu présentes à cette première édition, signe d’un intérêt croissant pour ce marché encore peu exploré par les opérateurs économiques locaux.
Du côté russe, l’enthousiasme est également palpable. Lada Sedova, directrice de la société AGROMIR-NN, voit dans cette initiative une opportunité de bâtir une coopération économique durable entre les deux pays.
« Après nos échanges avec monsieur Dégny, j’ai beaucoup appris sur le cacao ivoirien et je pense que nous pouvons faire beaucoup de choses ensemble », affirme-t-elle. Son ambition est claire : favoriser un dialogue direct entre les acteurs économiques et les institutions. « Notre chambre de commerce est une plateforme qui met les chefs d’entreprise et l’État en relation. Je souhaite que ce forum permette à nos États de collaborer pour fructifier nos affaires », insiste-t-elle.
Au cœur des discussions, plusieurs secteurs stratégiques émergent. En tête de liste : le cacao, véritable or brun de la Côte d’Ivoire. Les partenaires russes affichent un intérêt marqué pour un approvisionnement direct.
« La Russie souhaite acheter le cacao ivoirien directement, sans intermédiaire », révèle Michel Dégny. Une perspective qui pourrait rebattre les cartes dans la chaîne commerciale de la filière.
Le secteur du bâtiment et les travaux publics intéressent également les Russe. Les partenaires russes proposent des technologies de fabrication de béton capables, selon eux, d’assurer une durabilité de plus d’un siècle. Une innovation qui pourrait intéresser un pays engagé dans un vaste programme de modernisation de ses infrastructures.
« Notre président fait beaucoup pour construire des routes. Mais si le béton n’est pas de qualité, il y aura des fissures. Nos partenaires apportent des solutions technologiques », explique le chef d’entreprise ivoirien, évoquant même la possibilité d’implanter une usine de production de béton en Côte d’Ivoire.
Au-delà du cacao et du BTP, les discussions explorent également l’import-export, l’agriculture, les engrais biologiques ou encore la représentation commerciale d’entreprises russes sur le marché ivoirien.
Pour Olga Akimova, directrice de la Chambre de commerce de la région russe de Nizhny Novgorod, le choix de la Côte d’Ivoire ne doit rien au hasard. « C’est un pays ouvert et un pays de paix. Ce sont des éléments très importants pour nous », souligne-t-elle, précisant que plus de mille entreprises sont membres de sa chambre de commerce.
La dimension diplomatique de cette initiative n’est pas passée inaperçue. Présent à la cérémonie d’ouverture, l’ambassadeur de la Fédération de Russie en Côte d’Ivoire, ALEXEY SALTYKOV, a salué l’engagement des promoteurs de ce rapprochement économique.
Rendant hommage à Michel Dégny pour « sept années de travail acharné » dans la promotion de cette coopération, le diplomate russe a tenu à rassurer les investisseurs présents.
« Les portes de la Fédération de Russie sont toujours ouvertes à ceux qui veulent développer les relations avec notre pays », a-t-il déclaré devant un parterre d’hommes d’affaires attentifs.
Dans un contexte mondial marqué par la diversification des alliances économiques, ce premier forum ivoiro-russe pourrait bien marquer le début d’un nouveau chapitre dans les relations entre Abidjan et Moscou.
JEN