Côte d’Ivoire : En détention préventive prolongée, le procès du jeune Dali Séné met à l’épreuve la justice ivoirienne ‎

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Abidjan le 06 Janvier 2026 – La justice ivoirienne est-elle réellement impartiale lorsqu’elle s’attaque aux dossiers de corruption ? La question se pose avec acuité à la lecture du dossier Dali Séné, une affaire devenue emblématique des zones d’ombre qui entourent le fonctionnement judiciaire en Côte d’Ivoire. À la veille d’un procès très attendu, prévu sauf nouveau report le 8 janvier 2026, la longue détention préventive de l’ancien directeur financier du Comité national de pilotage des Partenariats public-privé (CNPP-PPP) suscite malaise, indignation et interrogations.

‎Accusé de détournement de 486 millions de francs CFA et de blanchiment de capitaux, Dali Séné Alain Patrick est incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan depuis le 15 janvier 2024. Plus de deux ans derrière les barreaux, sans jugement définitif, malgré des demandes répétées de mise en liberté provisoire. Une situation qui, pour de nombreux observateurs, dépasse le simple cadre d’un dossier pénal pour devenir un révélateur des failles de la justice ivoirienne.

‎Car au cœur de ce dossier, des incohérences troublantes persistent. Les virements litigieux d’octobre 2023, portant sur la somme incriminée de 486 millions de FCFA, auraient été effectués alors que Dali Séné avait déjà procédé à la passation de charges. Ces opérations bancaires sont attribuées à Mme Lou Belefe Olga Roseline Toa, sa successeure à la direction administrative et financière du CNPP-PPP. Dès lors, une question s’impose : pourquoi l’ancien directeur financier demeure-t-il le principal détenu de cette affaire, alors que d’autres acteurs, plus directement liés aux flux financiers, semblent bénéficier d’un traitement plus clément ?

‎Depuis avril 2024, les avocats de Dali Séné multiplient les requêtes. Toutes ont été rejetées. Avril 2024, janvier 2025, juillet 2025 : à chaque étape, la réponse judiciaire est la même, sans motivations jugées convaincantes par la défense. Pendant ce temps, le procès est reporté à plusieurs reprises, nourrissant le sentiment d’un enlisement judiciaire aux conséquences humaines lourdes.

‎Cette situation choque d’autant plus que le Code de procédure pénale ivoirien encadre strictement la détention préventive. Pour un délit, elle ne doit pas excéder 18 mois ; pour un crime, 24 mois, sous réserve de justifications objectives. Or, dans le cas de Dali Séné, ces délais semblent largement dépassés. Une entorse à la règle qui fragilise le principe fondamental de la présomption d’innocence.

‎L’affaire met également en lumière un traitement différencié des co-inculpés. Mme N’Diaye Adja Fatou, gestionnaire du compte du CNPP-PPP à la Banque Atlantique (BACI), également mise en cause, a été placée sous contrôle judiciaire. Pas de cellule, pas de détention prolongée. Pourtant, elle avait connaissance des changements intervenus à la direction financière et des opérations bancaires en cours. Cette disparité alimente les soupçons d’une justice à deux vitesses.

‎Derrière le dossier judiciaire, certains évoquent des intérêts sensibles. Institutions publiques, établissements bancaires, enjeux d’image et de crédibilité : l’affaire Dali Séné brasse large. Le maintien en détention de l’ancien directeur financier apparaît, aux yeux de ses soutiens, comme le sacrifice d’un homme pour préserver des structures plus puissantes. Une hypothèse grave, mais qui circule avec insistance dans les cercles d’observateurs avertis.

‎À l’heure où la Côte d’Ivoire affiche sa volonté de lutter contre la corruption et la mauvaise gouvernance, ce dossier fait tache. La lenteur de la procédure, les rejets systématiques des demandes de liberté, les incohérences factuelles et le traitement inégal des inculpés fragilisent la confiance du public dans l’institution judiciaire.

‎Le procès Dali Séné est donc bien plus qu’un simple rendez-vous judiciaire. Il est un test grandeur nature pour l’impartialité de la justice ivoirienne. Soit elle parvient à trancher avec rigueur, transparence et équité, restaurant ainsi sa crédibilité ; soit elle s’enfonce dans les soupçons de décisions influencées, au risque de consacrer l’image d’une justice sélective.

‎Dans ce dossier explosif, l’opinion publique attend une seule chose : que la justice dise le droit, rien que le droit, et pour tous, sans distinction.

‎JEN (In crocinfos.net)