Abidjan le 11 Mars 2026 – Alors que la Russie manifeste un intérêt grandissant pour le cacao ivoirien et souhaite ouvrir de nouveaux circuits d’approvisionnement, la situation reste tendue sur le terrain pour les producteurs. En marge du premier forum ivoiro-russe organisé à Abidjan ce mercredi 11 mars 2026 pour renforcer les partenariats économiques entre les deux pays, des planteurs ont lancé un cri d’alarme au sommet de l’État.
À la Maison de la Presse d’Abidjan, Karim Sermé, président de l’Association des Producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire (AS.P.CA.C.C), s’est fait le porte-voix d’un monde rural qui dit suffoquer sous le poids des stocks invendus et des paiements qui tardent à venir.
Le paradoxe est saisissant : pendant qu’une délégation russe échange avec les autorités de la filière café-cacao pour explorer la possibilité d’acheter directement le cacao ivoirien, sans intermédiaires, des dizaines de milliers de tonnes dorment encore dans les magasins des producteurs.
« Nous sommes là pour lancer un appel », a déclaré Karim Sermé, tout en prenant soin d’adresser ses remerciements au président de la République et aux institutions de la filière. « Nous disons merci au chef de l’État, Son Excellence Alassane Ouattara, premier des producteurs de Côte d’Ivoire. Merci également à son gouvernement, à l’OIA Café-Cacao et au Conseil Café-Cacao. »
Mais derrière ces formules protocolaires, l’inquiétude est palpable.
Selon le président de l’AS.P.CA.C.C, entre 40 000 et 45 000 tonnes de cacao restent encore stockées dans les entrepôts des producteurs à travers les 13 délégations de son organisation. Une situation qui plonge de nombreux planteurs dans une précarité inquiétante.
« Aujourd’hui, nos stocks de cacao sont encore entassés dans nos magasins. Nous demandons pardon au chef de l’État afin qu’il fasse l’effort de nous enlever ces produits pour que le paysan puisse vivre », a-t-il insisté.
Dans les villages et campements des producteurs, la tension monte. Les planteurs expliquent que certains d’entre eux ont livré leur cacao depuis la mi-novembre 2025, sans avoir encore perçu le moindre centime.
« Quelqu’un qui a vendu son cacao depuis mi-novembre jusqu’aujourd’hui n’a pas son argent. Non seulement il n’a pas l’argent, mais il est menacé par ses travailleurs », a alerté Karim Sermé.
Chaque jour, selon lui, les responsables de coopératives sont contraints de jouer les médiateurs pour éviter des conflits entre producteurs et ouvriers agricoles, ces derniers réclamant leur salaire.
« Chaque jour que Dieu fait, nous sommes obligés d’intervenir pour qu’il y ait la paix », explique-t-il.
Pour ces producteurs, la filière cacao représente l’unique source de revenus. « Nous n’avons pas deux ventes, nous avons une seule vente. Nous n’avons pas deux entrées, seulement celle de la vente de notre café et de notre cacao », rappelle le président de l’association.
Le prix bord champ fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire, correspondant à 60 % du prix CAF, est salué au passage par les producteurs. De même que les 2 800 FCFA. Mais dans les faits, déplore Karim Sermé, les planteurs n’ont pour l’instant que des reçus dans les mains.
« Les producteurs n’ont que des reçus. Nous attendons toujours d’avoir l’argent », martèle-t-il.
Dans les campagnes ivoiriennes, la conséquence est directe : l’activité économique ralentit dangereusement.
« Aujourd’hui, la vie s’est presque arrêtée dans nos villages. C’est difficile. Très difficile », insiste-t-il.
Créée en février 2021 à Yamoussoukro, l’AS.P.CA.C.C se veut la voix collective des producteurs de café et de cacao. L’organisation ambitionne notamment de structurer les coopératives afin de renforcer leur rôle dans la production, la collecte et la commercialisation du cacao.
Initialement connue sous le nom d’Association des Présidents de Conseils d’Administration de Coopératives de Café-Cacao, la structure a changé d’appellation en 2024 pour devenir plus inclusive et représenter directement les producteurs.
Mais en attendant les grandes réformes de la filière et les nouvelles opportunités commerciales, notamment avec la Russie, les planteurs ivoiriens espèrent surtout une chose : être payés pour le fruit de leur travail. « Nous, parents producteurs, s’il vous plaît, aidez-nous », a conclu Karim Sermé, dans un appel direct au chef de l’État.
JEN