Abidjan le 09 Mars 2026 – À peine installé dans ses fonctions, le nouveau ministre de l’agriculture, Koné Nabagné, se retrouve déjà sous le feu nourri des critiques des producteurs de café-cacao. Dans un contexte de tensions persistantes autour de la commercialisation de l’or brun ivoirien, la sortie virulente ce lundi 09 Mars 2026 à Abidjan du président du Syndicat national des planteurs de Côte d’Ivoire (Synap-CI), Koné Moussa, dénote de la colère qui gronde dans les campagnes cacaoyères.
Selon le responsable syndical, la situation sur le terrain est loin de refléter les discours rassurants des autorités. « Dès la première semaine, nous avons constaté que les coopératives n’avaient pas les liquidités nécessaires pour payer les producteurs. Beaucoup de cacao sont restés bloqués dans les magasins », déplore-t-il.
Dans les zones de production, cette pénurie de trésorerie provoque un engorgement sans précédent. Des sacs de fèves s’entassent dans les entrepôts, tandis que les planteurs attendent toujours le paiement de leurs récoltes. Une situation qui nourrit l’incompréhension et la frustration au sein de la base paysanne.
Pour Koné Moussa, la pilule est d’autant plus difficile à avaler que le prix du cacao ait connu une forte baisse du prix. « Ils ont cassé plus de la moitié du prix du cacao et j’entends dire que l’État a fait des efforts. Si ce n’est pas dans le secteur du cacao, je n’ai jamais vu un salarié dont le salaire est divisé par deux et qui applaudit son patron », ironise-t-il, dans une comparaison qui résume l’amertume des producteurs.
L’arrivée du ministre Koné Nabagné avait pourtant suscité des espoirs dans les rangs des planteurs. Mais une récente déclaration de ce dernier a rapidement fait retomber l’enthousiasme. Le ministre aurait indiqué que les intermédiaires ne devraient acheter le cacao qu’aux producteurs détenteurs d’une carte officielle.
Une disposition qui, selon le Synap-CI, risque d’exclure une grande partie des planteurs du circuit de commercialisation. « Beaucoup de producteurs se sont recensés, mais n’ont jamais reçu leur carte. Cela veut dire que nous n’allons pas vendre notre cacao ? », s’indigne le président du syndicat.
Pour les producteurs, cette mesure s’apparente à une véritable menace économique. « Cette déclaration du ministre est une menace pour notre activité et la survie de nos familles. Nous n’allons pas l’accepter », prévient-il.
La colère vise également la gestion des fonds annoncés pour soutenir la filière. Selon Koné Moussa, les producteurs n’ont toujours pas vu la couleur de cet argent censé transiter par le Conseil du Café‑Cacao.
« Ils disent qu’ils ont donné l’argent au Conseil Café-Cacao. Nous, on n’a rien vu », affirme-t-il, dénonçant ce qu’il considère comme une mise en scène médiatique. « On les a vus décharger les sacs de cacao et réunir toute la presse nationale et internationale comme si on venait de remporter la Coupe du monde. Pourtant, personne n’a été payé », lance-t-il.
Face à ce qu’il décrit comme une situation critique, le Synap-CI menace désormais de passer à l’action. Le syndicat annonce la convocation imminente de ses membres pour décider de la conduite à tenir.
« À partir de la semaine prochaine, nous allons convoquer tous nos membres. Nous allons prendre nos responsabilités parce que l’heure est grave », avertit Koné Moussa.
Dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cacao, toute crise dans la filière est scrutée de près. Et si les tensions actuelles ne trouvent pas rapidement d’issue, elles pourraient bien transformer la promesse de renouveau autour du ministre Koné Nabagné en un bras de fer aux conséquences imprévisibles pour l’économie cacaoyère ivoirienne.
JEN