Abidjan le 13 octobre 2026 – L’erreur que font beaucoup de commentateurs et même spécialistes des Relations internationales dans leur grille de lecture est de poser la France comme un acteur extérieur dans les affaires africaines et les Etats-Unis également dans celles du Proche et Moyen-Orient. Cela revient à qualifier par exemple d’intrusion l’intervention du Pape dans les affaires de l’Eglise catholique ivoirienne. Vous diriez que cela est totalement absurde et vous aurez raison.
En effet, considérer la France en Afrique ou les États-Unis au Moyen-Orient comme de simples acteurs extérieurs fausse profondément l’analyse historique et géopolitique. Ces deux puissances ne font pas que « réagir » ou « intervenir » de l’extérieur car elles sont des acteurs endogènes, structurellement intégrés aux systèmes politiques, économiques et sécuritaires de ces régions. C’est cela tenir compte du poids de l’Histoire dans nos analyses dans sa propre fondation.
Considérer ces deux puissances comme des acteurs extérieurs à ces microcosmes c’est nier l’Histoire en tant que force immanente et dynamique, qui produit ses propres événements et se déploie à travers les êtres humains, considérés comme ses agents ou ses acteurs. L’Histoire est actrice et génératrice d’elle-même, et comme le dit le Philosophe Allemand Hegel dans son oeuvre « Leçons sur la philosophie de l’histoire », elle est le véritable sujet et l’actrice principale de la réalité.
Dès lors, quand la France intervient, en Afrique et spécifiquement dans ses colonies, ce n’est pas une simple projection de puissance étrangère comparable à celle de la Chine ou de la Russie, mais comme un rouage interne d’un système qu’elle a façonné et porté sur les fonts baptismaux.
Quant aux Etats-Unis, ils sont le pivot de l’architecture du Proche et Moyen-Orient depuis la signature le 14 Février 1945 du Pacte du Quincy, considéré par les commentateurs comme l’un des accords géopolitiques les plus importants du XXe siècle, qui a scellé l’alliance stratégique entre les États-Unis et le royaume d’Arabie saoudite, redéfinissant durablement l’équilibre des forces au Moyen-Orient et la sécurité énergétique mondiale.
Depuis cette date jusqu’en 2014 au moins, les Etats Unis ont représenté et incarné à eux seuls la bien nommée Communauté Internationale dans cette région.
Dès lors, on peut applaudir ou dénoncer les interventions de ces deux puissances dans ces régions, mais toutes nos analyses d’approbation ou de dénonciation doivent se baser sur le fait qu’elles sont avant tout des acteurs internes.
Alors, la question qui arrive involontairement à l’esprit est : Pourquoi tout le monde fait cette erreur de considérer ces deux pays comme des acteurs extérieurs aux régions susmentionnées ?
Beaucoup d’analystes mais surtout de commentateurs, s’en tiennent à une vision purement westphalienne des relations internationales, où le monde est divisé en États-nations étanches qui interagissent de l’extérieur.
Cette approche surannée que moi je n’enseigne plus à mes étudiants, occulte de manière totalement inacceptable les asymétries de pouvoir et les interdépendances historiques surtout pour la France et les Etats Unis respectivement en Afrique francophone et au Proche et Moyen-Orient Orient qui font que les affaires intérieures par exemple de la Côte d’Ivoire et de l’Arabie Saoudite ont longtemps été, en partie, gérées depuis Paris ou Washington.
Bonne journée !
Prof. Moritié