Abidjan le 16 avril 2026 – L’Autorité de Radioprotection, de Sûreté et de Sécurité Nucléaires (ARSN) a déroulé ce jeudi 16 avril 2026 son plan pour une institution qu’elle veut forte. Pour elle; rassurer, affirmer son autorité et rappeler que, même sans centrale nucléaire, la Côte d’Ivoire évolue dans un environnement où le risque radiologique est bien présent est très important.
Face aux journalistes, le Directeur général, Professeur Georges Alain Monnehan, souligne que : « la transition technologique et énergétique exige une régulation rigoureuse, transparente, tournée vers l’avenir ». Une mise en garde à peine voilée dans un pays où les usages du nucléaire civil – médecine, industrie, mines ou agriculture – se multiplient discrètement.
Car le paradoxe est là : plus ces technologies se développent, plus le risque devient diffus, presque invisible. Et avec lui, une interrogation persistante : qui contrôle réellement ? L’ARSN entend répondre sans détour en se positionnant comme la la solution contre les dérives. Normes renforcées, inspections accrues, vigilance permanente tels qu’atteste le discours du professeur Georges Alain MONNEHAN. Un discours rodé, mais qui appelle à être confronté à la réalité.
Les chiffres avancés pour 2025 témoignent d’une activité très soutenue : 294 inspections réalisées, dont 35 réactives, 529 évaluées et 406 jugées conformes. Mais un détail retient l’attention : 32 installations suspendues pour non-conformité. Derrière ces sanctions, une réalité moins reluisante apparaît, celle d’opérateurs parfois tentés de jouer avec les limites réglementaires. Dans un contexte où les contrôles ont longtemps été jugés insuffisants, ces suspensions sonnent comme un signal d’alerte.
Cette autre donnée est révélatrice : un incident radiologique enregistré, sans dépassement des normes. Un rappel qui indique clairement que le risque zéro n’existe pas.
Depuis quelques années, l’ARSN renforce ses capacités et multiplie les partenariats, notamment avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La modernisation du cadre légal, amorcée avec la loi de 2013, marque une rupture avec un dispositif devenu obsolète. Mais cette mise à niveau, bien que nécessaire, intervient tardivement face à l’accélération des usages.
Dans ce contexte, la question de la transparence reste centrale. « La communication est au cœur de notre action », assure le DG. Pourtant, certains observateurs s’interrogent : s’agit-il d’une ouverture réelle ou d’une communication maîtrisée ? Le format même du déjeuner de presse traduit une volonté de proximité, mais aussi de contrôle du message.
Sur le terrain, la mission de l’ARSN apparaît tentaculaire : contrôle des installations médicales et industrielles, surveillance environnementale, sécurisation des frontières, protection lors de grands événements. Un périmètre vaste qui pose une question essentielle : les moyens suivent-ils réellement les ambitions ?
Pour un début de réponse, l’ARSN vient de passer une importante commande d’équipements à hauteur de 180 millions de FCFA pour renforcer son efficacité sur le terrain.
Avec 308 autorisations délivrées et 738 personnes sous surveillance dosimétrique en 2025, l’institution affiche une activité tangible. Mais l’ampleur des défis laisse planer un doute sur sa capacité à couvrir l’ensemble des risques de manière optimale, dans un pays où les priorités économiques peuvent parfois reléguer la sûreté au second plan.
Dans ce jeu d’équilibre, les médias sont appelés à jouer un rôle clé. Partenaires de confiance selon le DG, ils restent pourtant tributaires d’un accès réel à l’information. Car sans transparence totale, la confiance demeure fragile.
Ce déjeuner de presse aura au moins eu le mérite de remettre la sûreté nucléaire au centre du débat public. Un sujet discret, mais omniprésent dans le quotidien des Ivoiriens. Entre discours rassurants et défis structurels, l’ARSN avance sur une ligne de crête : rassurer sans minimiser, contrôler sans freiner.
Car en matière nucléaire, une certitude s’impose : l’erreur ne se mesure jamais en mots, mais toujours en conséquences.
JEN