Côte d’Ivoire/Crise à la MATCA : les sociétaires dénoncent une immixtion du gouvernement dans leur gestion

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Abidjan, le 22 mai 2025 – La Mutuelle d’Assurance des Taxis-Compteurs d’Abidjan (MATCA) traverse une crise profonde, marquée par des accusations de fraude, de détournements massifs et de gestion opaque. Face à cette situation, Soumahoro Mamadou, président de la Mutuelle des Transporteurs de Côte d’Ivoire (MTCI) et porte-parole du Collectif des Sociétaires pour la Transparence à la MATCA (CSTCA), tire la sonnette d’alarme.

« La MATCA va très mal », déplore M. Soumahoro. Selon lui, depuis 11 ans, la gestion de la mutuelle échappe à toute légalité. Il accuse nommément Fama Touré, président du Conseil d’administration, et Guédou Élie, directeur général, d’avoir accédé à leurs fonctions sur la base de documents falsifiés. « L’agrément de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA), censé légitimer leur nomination, est un faux document. Nous avons les preuves, y compris une lettre de M. Dimba Samba Diallo, alors responsable à la CIMA, démentant avoir signé ledit document », relève-t-il.

Ce faux agrément, selon lui, a pourtant été présenté publiquement, notamment à la Une du quotidien « L’Expression », suscitant l’indignation des sociétaires.

Au cœur des critiques figure la gestion financière de la MATCA. « Des décaissements de plusieurs milliards de francs CFA ont été effectués sans validation ni traçabilité », affirme le porte-parole du CSTCA. Comme preuve, il cite l’exemple de l’immeuble KM, dont la simple rénovation de façade aurait coûté 250 millions de FCFA, avant sa destruction pour 172 millions supplémentaires. « Plus de 400 millions de francs engloutis, sans aucun appel d’offres, sans justificatifs », dénonce-t-il.

La mutuelle aurait également investi dans une institution de microfinance, CRED AFRICA, à l’insu de ses sociétaires. Des transferts de fonds vers des entreprises extérieures auraient été opérés sous forme de prêts, sans qu’aucun document officiel ne vienne en attester.

Face à ces irrégularités, le collectif a saisi la justice. « Nous avons porté plainte contre M. Guédou Élie », indique M. Soumahoro, qui insiste sur ses motivations. « Je ne cherche aucun poste à la MATCA. Je suis entrepreneur. Mon engagement est dicté par l’intérêt général et la souffrance de nos confrères », a-t-il précisé.

Un audit a été lancé sous la direction de M. Séri Kanon Roger, nommé directeur général par intérim. Selon le CSTCA, les premières conclusions révèlent « des anomalies graves », alors que l’enquête n’est qu’à ses débuts.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de nommer un administrateur provisoire en la personne de Dicoh Balamine. Une décision que conteste vigoureusement le collectif. « Nous ne comprenons pas cette précipitation. Pourquoi ne pas attendre les résultats de l’audit ? », s’interroge Soumahoro Mamadou qui revient sur un passé sombre du nouvel administrateur envoyé par le gouvernement à la tête de leur structure dont la nomination incombe à son conseil d’administration.
Pour M. Soumahoro le passé de M. Balamine à la MATCA, n’a pas été du tout bon. Il été licencié à l’époque du fondateur Kassoum Coulibaly, sans que les raisons de ce départ soient connues. « Cela suscite des inquiétudes. Pour l’heure, nous ne voulons pas de lui à la tête de notre mutuelle », a-t-il déclaré.

Dès lors, le collectif invite solennel le gouvernement à réexaminer sa décision de nomination cet administrateur dont il ne veut pas à la tête de leur structure.
Une réunion de crise est même annoncée pour ce vendredi 23 mai.

« Ce combat est celui de la transparence, de la justice et de la survie de notre mutuelle », a conclu Soumahoro Mamadou.

La situation à la MATCA reste tendue au regard des différentes positions. Entre procédures judiciaires en cours, audit inachevé et fronde des sociétaires, la mutuelle risque d’être emportée par la tempête qui s’annonce tumultueuse dans le secteur du transport urbain à Abidjan.
JEN