Abidjan le 21 Mai 2025 – Le report de la marche prévue ce mercredi 21 mai par les populations des villages d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké n’est qu’un sursis tactique avance les organisateurs ce mercredi 21 Mai lors d’un point de presse ténu à Elokaté. Car derrière cette décision d’apaisement, prise à l’issue d’une rencontre avec l’administration préfectorale la veille, le mardi 20 mai, se cache une profonde amertume. La raison est claire. Une correspondance officielle du ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Bruno Nabagné KONE, rendue publique, jette une lumière crue sur ce que les populations dénoncent depuis des mois. Un coup fumant, savamment orchestré pour les déposséder de leurs terres.
En effet, le 9 octobre 2023, dans une lettre adressée à la société immobilière PALMAFRIQUE IMMOBILIER SA, le ministre écrit noir sur blanc qu’il affecte à ladite entreprise une parcelle de terrain de plus de 234 hectares située à Éloka, sous-préfecture de Bingerville. Il y invite ensuite cette structure à engager les formalités en vue de l’obtention d’un Arrêté de Concession Définitive (ACD). Cette correspondance, dont la teneur a été rendue publique par les représentants des trois villages, constitue, aux yeux des communautés locales, la preuve irréfutable d’un « deal de spoliation » mené au plus haut niveau.
Or, selon les documents fournis par les représentants villageois, la procédure d’obtention d’un ACD avait déjà été initiée en avril 2023 par PALMAFRIQUE, avant cette lettre. Les populations, s’estimant propriétaires légitimes de ces terres selon le droit coutumier reconnu par la loi ivoirienne (loi n°98-750 du 23 décembre 1998), avaient introduit une opposition formelle dès le 1er août 2023. Elles exigeaient alors la rétrocession des terres, considérant que celles-ci étaient revenues dans leur patrimoine foncier après l’arrêt d’exploitation de l’usine d’Éloka.
Plus troublant encore, cette lettre d’affectation du ministre intervient alors même qu’une enquête de commodo et incommodo, préalable et obligatoire à toute attribution foncière était en cours. Une commission mixte composée de représentants de cinq ministères (Agriculture, Assainissement, Infrastructures, Construction, Budget) et présidée par le sous-préfet de Bingerville avait été saisie pour avis. Les cinq ministères concernés ont donné un avis favorable aux oppositions des populations. Le seul à s’être abstenu est le sous-préfet, vraisemblablement embarrassé par la lettre d’affectation qu’il détenait déjà à ce moment-là.
Pour les populations d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké, cette chronologie des faits démontre clairement que la décision ministérielle a été prise en dehors de tout cadre de concertation et en mépris des procédures réglementaires. Elles dénoncent une démarche unilatérale au profit d’une société immobilière « créée de toutes pièces » par des particuliers, selon leurs propres termes.

« Ce report de la marche annoncée n’est pas un renoncement, mais un geste d’ouverture dans l’attente de réponses claires et d’actions concrètes », a martelé le porte-parole du collectif des villageois. Les leaders communautaires affirment donner une dernière chance au dialogue, misant sur l’engagement pris par le sous-préfet d’assurer un suivi personnel du dossier. Mais leur message est limpide. Sans réponse favorable dans un délai raisonnable, la mobilisation reprendra.
Le différend porte sur des terres que les communautés disent n’avoir jamais cédées ni à PALMAFRIQUE, ni à ses prétendus successeurs. « Nous n’avons jamais donné notre consentement libre, préalable et éclairé pour que notre patrimoine foncier soit transformé à des fins commerciales », insistent-ils dans la déclaration solennelle lue lors de ce point de presse.
Derrière la contestation foncière, c’est la question de la justice sociale, de la reconnaissance des droits coutumiers et du respect des procédures légales qui est posée. En affectant officiellement une parcelle litigieuse à une société privée pour du business pendant qu’une enquête officielle est en attente de conclusions, le ministère de la Construction s’expose à de lourdes critiques et met à mal la confiance des citoyens dans l’institution dont il a en charge.
La tension reste donc palpable à Bingerville. Malgré le report de la marche, un important dispositif sécuritaire a été déployé ce mercredi 21 Mai 2025 aux abords des trois villages. Un signe que l’État est bien conscient du risque d’explosion sociale si les accusations de spoliation venaient à se confirmer sans répartition.
En attendant, les regards restent tournés vers le ministre Bruno Nabagné KONE, dont la correspondance officielle a mis à nu ce que d’aucuns qualifient désormais de « scandale foncier d’État » à Elokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké après l’autre scandale Komé Bakary.
JEN
Revendications des populations :
Nous, populations des villages d’ELOKATO, D’ELOKATE et de M’BATTO BOUAKE, demandons respectueusement mais avec fermeté:
1. La restitution immediate et sans condition de nos terres coutumières indûment occupées par la société PALMAFRIQUE;
2. La suspension immédiate de toutes les activités de la société PALMAFRIQUE sur nos terres jusqu’à la résolution complète du différend:
3. L’annulation immédiate des courriers du Ministre portant affectation de nos terres à la SCI PALMAFRIQUE IMMOBILIER, une société de droit privé créée seulement en 2023;
4. L’affectation officielle de la propriété coutumière des terres par l’État au profit des villages d’Eloka et de M’Batto-Bouaké:
5. La reparation integral des prejudices matériels et moraux subis par les communautés villageoises;
. Le rejet pur et simple de toute procédure engagée par la SCI PALMAFRIQUE IMMOBILIER visant à obtenir des ACD sur nos parcelles.
7. La publication des résultats de l’enquête publique du comité mixte preside par le Sous-Préfet
4. Appel à la vigilance citoyenne
Nous appelons l’ensemble des communautés villageoises, les leaders d’opinion, les juristes et les journalistes à se mobiliser pour la sauvegarde des droits fonciers des peuples autochtones. Car ce qui se passe à Eloka aujourd’hui, pourrait concerner d’autres communautés demain.
5. Conclusion
La terre est notre héritage. Elle n’est pas à vendre, ni à brader.
Eloka se lève, non pas contre le développement, mais contre l’injustice et l’impunité foncière.
Nous vous remercions de votre attention et restons disponibles pour répondre à vos questions.
Fait à Eloka, le 21 05 2025