
Tchologo le 23 septembre 2026 – La lutte contre la désinformation change de stratégie à Ferkessédougou. Pendant quatre jours, la Coalition Ivoirienne des Défenseurs des Droits Humains (CIDDH), avec l’appui d’International IDEA, a mobilisé leaders religieux et communautaires autour d’un enjeu devenu incontournable : empêcher les fausses informations et les ingérences étrangères de fissurer la cohésion sociale. Une initiative saluée par les autorités administratives et municipales.
Dans le Tchologo, la bataille contre les infox ne se joue plus seulement derrière les écrans et micros. Elle est descendue désormais dans les quartiers, les lieux de culte et les marchés.
Du 20 au 24 juillet 2026, Ferkessédougou a accueilli une mission de formation et de sensibilisation consacrée à la désinformation, à la manipulation de l’information et aux ingérences étrangères, communément regroupées sous le »appellation de FIMI.
L’objectif était clair. Comment armer les acteurs communautaires de connaissances et de réflexes pour éviter que les rumeurs, les contenus falsifiés et les récits manipulateurs ne deviennent des étincelles capables d’embraser le tissu social ?
Ce dispositif vise bien les leaders communautaires et religieux. Leur rôle est stratégique. Parce que présents au plus près des populations, ils peuvent être les premiers à recevoir une rumeur… mais aussi les premiers à l’arrêter.
Face aux nouvelles techniques d’intox
Pendant l’atelier, les participants ont appris à distinguer une simple fausse information d’une véritable stratégie de manipulation ou d’ingérence. Détournement d’images, faux communiqués, rumeurs déstabilisantes, discours de haine, contenus sortis de leur contexte : les techniques ont été passées au crible.
Une attention particulière a été accordée à WhatsApp, Facebook et aux réseaux informels, devenus des accélérateurs redoutables de récits non vérifiés.
Mais la formation ne s’est pas arrêtée au simple diagnostic. Les participants ont été initiés à des réflexes simples de vérification : croisement des sources, recherche inversée d’images et recours aux sources institutionnelles crédibles.
L’enjeu dépasse la simple lutte contre les fausses nouvelles. Dans une région frontalière, soumise à d’importants flux humains et informationnels avec les pays du Sahel, les organisateurs entendent renforcer la résilience des populations face aux contenus susceptibles d’alimenter la méfiance, la polarisation et les tensions communautaires.
Des religieux directement concernés
Les échanges avec l’Union des Pasteurs de Ferkessédougou et le Conseil supérieur des imams et des affaires islamiques (COSIM) du Tchologo ont donné une dimension très concrète à cette problématique.
Un imam a notamment raconté avoir été personnellement visé par une fausse rumeur destinée, selon son témoignage, à porter atteinte à son honorabilité. Il n’en avait eu connaissance que par l’intermédiaire d’une fidèle.
Pour les responsables religieux, le constat est sans appel : lorsqu’une information officielle tarde à circuler, la rumeur occupe rapidement le terrain. Ils ont ainsi souhaité être davantage associés aux cadres locaux d’information et de concertation afin de pouvoir relayer rapidement des informations fiables auprès de leurs fidèles.

Dès l’arrivée de la délégation, les autorités préfectorales et municipales ont réservé un accueil favorable à la mission.
Représentant le préfet de région, le Secrétaire général de Préfecture a salué une initiative jugée « salutaire » pour les populations. Il a encouragé sa reconduction et son extension à d’autres localités du Nord, notamment Tengréla, zone caractérisée par d’importants brassages de populations.
L’autorité municipale a, quant à elle, plaidé pour l’élargissement du nombre de participants et une implication plus étroite de la mairie dans les prochaines campagnes de sensibilisation.
Il en est de même lors de la clôture. Le Secrétaire général de Préfecture a félicité les organisateurs pour la qualité de la formation et la pertinence des thèmes abordés, avant d’inviter les participants à mettre les acquis au service de leurs communautés.
Du discours à l’action
Le lendemain de la formation, les nouveaux relais sont passés à l’action. Au grand marché de Ferkessédougou, ils ont sensibilisé commerçants et usagers en français, malinké et niarafolo, à l’aide de mégaphones et de prospectus.
La mission entend désormais aller plus loin : artisans, leaders politiques, artistes, communautés religieuses et populations des zones frontalières sont ciblés par les prochaines actions envisagées.
Le message semble désormais bien installé à Ferkessédougou. Et la première ligne de défense contre les FIM reste une communauté informée, vigilante et capable de vérifier avant de partager.
Jules Eugène N’DA