Abidjan le 16 septembre 2026 – Le procureur de la République, Koné Braman, a apporté, le mercredi 16 septembre 2026, au Palais de justice d’Abidjan, de nouveaux éléments sur l’enquête ouverte à la suite des démolitions du 3 juin du quartier Koumassi-Campement dans la commune de Koumassi. Et le dossier semble progressivement remonter vers des responsables politiques et administratifs susceptibles d’avoir joué un rôle dans l’opération.
Dans le viseur de l’enquête : le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo, et le député de Gouméré-Tabagne.
Le plan Orsec avancé par Cissé Ibrahim Bacongo est au centre des interrogations
L’audition du ministre-gouverneur constitue l’un des points sensibles du dossier. Le procureur a confirmé que l’instruction cherche notamment à comprendre le cadre dans lequel les forces de l’ordre ont été mobilisées et les démolitions exécutées dans le cadre de l’activation d’un plan Orsec, invoqué dans la justification de l’opération.
Le District autonome d’Abidjan aurait requis les forces de l’ordre. Mais l’instruction doit encore déterminer si les conditions et procédures permettant de recourir à ce dispositif étaient effectivement réunies.
Le procureur a refusé de tirer des conclusions prématurées, indiquant que « l’instruction est en cours pour dénouer » les incohérences relevées.
La question est pourtant lourde. Qui a décidé de l’opération et sur quel fondement juridique ?
Le député de Gouméré-Tabagne également dans le faisceau des investigations
Son nom apparaît dans les investigations alors que certaines informations de presse lui attribuent un rôle présumé dans le financement et la coordination de l’opération. Ces éléments demeurent toutefois soumis aux vérifications de la justice et ne constituent pas, à ce stade, une déclaration de culpabilité.
Pour les enquêteurs, l’enjeu est désormais de reconstituer la chaîne complète : décision, financement, instructions, mobilisation des forces et exécution des démolitions.
34 hectares : le chiffre qui fait toujours débat
L’autre bombe du dossier reste la superficie.
Alors que le chiffre de 34 hectares a largement circulé, le procureur affirme que l’enquête porte sur 6 hectares, 88 ares et 36 centiares, correspondant à la partie effectivement touchée par les démolitions.
Cette superficie comprend 250 lots, dont certains occupants y détenaient des ACD.
« Les 34 ha n’existent pas », a affirmé Koné Braman, précisant avoir saisi le directeur du cadastre afin d’obtenir la superficie exacte de la zone concernée.
Près de 27 hectares de différence auraient été le fait de remblayage de la lagune selon le procureur.
Le procureur a également démenti l’existence d’une réquisition qui aurait été signée par une procureure pour autoriser l’opération.
« On nous a fait croire que madame le procureur avait signé une réquisition, ce qui n’est pas le cas », a-t-il déclaré, précisant que la décision ne concernant que le deguerpissement de 5 habitations
Quant au ministre-gouverneur, Koné Braman a rappelé que son éventuelle responsabilité pénale devra être établie par l’instruction. En raison de son statut, une éventuelle procédure relèverait, selon les conditions prévues par la loi, de la Haute Cour de justice.
La justice ne cherche donc plus seulement à compter les maisons détruites à Koumassi-Campement. Elle cherche désormais à remonter jusqu’aux décideurs.
JEN