Cote d’Ivoire : 429 millions FCFA jonglés entre la Baci et Ecobank prennent l’allure d’un blanchiment de capitaux

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Abidjan retient son souffle. Après une série de reports successifs les 12, 19 et 24 mars 2026, l’affaire Dali Séné Alain Patrick à l’allure du feuilleton SIA POPO s’achemine vers un délibéré annoncé pour le 31 mars à 14h30, sauf nouveau rebondissement. Mais derrière ce calendrier judiciaire plusieurs fois modifié, une question persiste et s’amplifie : qui a réellement retiré les 429 millions FCFA qui alimente ce dossier ? Pour Me Youssouf Méïté, conseil de Dali Séné Alain Patrick, la réponse reste introuvable et les zones d’ombre trop nombreuses pour espérer une condamnation solide de son client.

‎Dans un entretien accordé au confrère en ligne crocinfos.net, l’avocat du cabinet Dagbo Pierre ne cache pas ses doutes sur la solidité du dossier. Selon lui, l’affaire ressemble davantage à un labyrinthe administratif qu’à une démonstration judiciaire irréfutable. « Il existe trop de zones d’ombre dans ce dossier », martèle-t-il, soulignant que la procédure révèle plus de failles que de certitudes.

‎Au centre de ce litige, le Comité National de Pilotage des Partenariats Public-Privé (CNP-PPP) réclame ses 429 millions FCFA. Mais, fait troublant, souligne Me Méïté, la structure exige désormais son argent à Ecobank, alors que la plainte initiale visait Dali Séné. Pour Me lui, cette posture n’a rien d’illogique : la plainte ne concernait pas uniquement son client, mais également la BACI, notamment une conseillère clientèle accusée d’avoir facilité le décaissement des fonds vers Ecobank.

Selon la défense, l’argent a été remis à des individus inconnus par la banque, avant de disparaître dans la nature. Une situation qui, aux yeux de l’avocat, pose un sérieux problème de responsabilité. « La banque, en tant que personne morale, dispose d’une solvabilité plus importante que Dali Séné », explique-t-il, laissant entendre que la bataille judiciaire pourrait se déplacer du terrain pénal vers celui de la responsabilité financière.

Mais c’est surtout l’enquête qui intrigue. À ce jour, aucun auteur du retrait des 429 millions FCFA n’a été identifié. Les documents ayant servi au virement depuis la BACI vers Ecobank étaient falsifiés, tout comme les pièces utilisées pour retirer les fonds. Autrement dit, l’argent s’est évaporé derrière un rideau de faux documents et de fausses identités. Ce qui porte à croire à des manœuvres de blanchiment de capitaux.

‎Et plus surprenant encore, les caméras de surveillance de la banque n’ont pas permis d’identifier les auteurs du retrait. Une défaillance qui soulève des interrogations majeures. Comment une opération d’une telle ampleur a-t-elle pu se dérouler sans laisser de trace exploitable ? Pourquoi les images de vidéosurveillance n’ont-elles pas été exploitées efficacement ? Pour la défense, ces lacunes renforcent l’hypothèse d’un dossier fragile.

Toutes nos correspondances adressées aux banques ont été balayées du revers de la main sous le prétexte qu’il ne saurait être communiqué des documents à caractère personnel à des tiers

‎Face à ces incertitudes, Me Youssouf Méïté affiche un optimisme prudent. Il affirme nourrir un réel espoir de relaxe pour son client, non par stratégie de défense, mais en raison des faiblesses évidentes du dossier. « Le juge ne doit condamner que lorsque la culpabilité est établie hors de tout doute raisonnable », rappelle-t-il avec insistance.

Dans un message adressé à son client et aux observateurs, l’avocat en appelle à la sagesse de la justice ivoirienne. Citant Voltaire, il conclut avec gravité : « Il vaut mieux libérer un coupable que de condamner un innocent ».

‎À quelques jours du délibéré, l’affaire Dali Séné Alain Patrick se présente désormais comme un test grandeur nature pour la justice ivoirienne. Entre argent volatilisé, responsabilités floues et preuves introuvables, le verdict du 31 mars pourrait bien trancher plus qu’un simple litige : il dira si les zones d’ombre peuvent suffire à condamner un homme, ou si le doute doit, une fois encore, profiter à l’accusé.

‎JEN