Migration clandestine : l’État sonne l’alerte contre les pièges de l’exil dans les régions de San Pedro et Tabou

3
Listen to this article

San-Pédro le 16 Mars 2026 – C’est dans le sud-ouest ivoirien. La bataille contre la migration irrégulière se joue désormais au plus près des populations. Le Comité national de lutte contre la traite des personnes (CNLTP) vient de déployer une vaste campagne de sensibilisation couvrant la période du 13 au 18 mars 2026 dans les départements de San Pedro et Tabou, deux zones stratégiques où les flux migratoires, légaux comme clandestins, sont très intenses.

‎Portée par la Cellule régionale de lutte contre la traite des personnes (CRLTP) de San Pedro, présidée par le préfet de région, l’initiative est menée en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Côte d’Ivoire et l’ONG LEISAD, active dans la lutte contre le trafic illicite de migrants. Objectif : informer, prévenir et surtout alerter les populations sur les dangers réels qui se cachent derrière les promesses souvent trompeuses de l’exil.

‎Le choix de San Pedro et Tabou n’est pas anodin. Situées sur le littoral atlantique, ces deux villes constituent des carrefours migratoires majeurs. San Pedro, deuxième pôle portuaire du pays, attire chaque année des milliers de travailleurs et d’aventuriers venus tenter leur chance dans les activités portuaires, agricoles, forestières ou minières.

‎Quant à Tabou, sa proximité immédiate avec la frontière libérienne en fait un point de passage terrestre et maritime sensible, où les mouvements transfrontaliers, parfois informels, sont fréquents.

‎La mission a démarré par une série de rencontres protocolaires avec les autorités préfectorales et les responsables des forces de sécurité.

‎Dans la foulée, une séance de travail a réuni les membres du comité technique de la cellule régionale et les mobilisateurs communautaires afin d’affiner la stratégie de sensibilisation.

‎Des groupes de discussion ont ensuite été organisés pour recueillir les perceptions des populations et préparer la mobilisation communautaire en vue des grandes campagnes d’information prévues dans les villages.

‎Moment fort de cette tournée : la séance de sensibilisation organisée le samedi 14 mars dans le village de Baba. Devant plus d’une centaine de participants, principalement des jeunes, les organisateurs ont projeté un film institutionnel suivi d’un débat interactif nourri de témoignages.

‎La diffusion du film « Migrants, retour d’enfer », accompagnée de l’intervention d’Hervé N’dri Kouakou, président de l’ONG LEISAD, a plongé l’assistance dans la réalité souvent brutale de l’aventure migratoire clandestine. Parcours semé d’embûches, exploitation, violences et drames humains : les récits ont suscité un silence lourd dans l’assemblée.

‎Pour N’Guessan Jean-Rolland, représentant du CNLTP, le message est clair : migrer n’est pas un crime, mais partir dans l’irrégularité peut se transformer en piège mortel.

‎« L’homme a toujours eu envie de bouger. La migration est un phénomène naturel. Mais si l’on doit partir, il faut le faire de manière régulière », a-t-il insisté devant les participants.

‎Même son de cloche du côté de l’OIM. Adaé Barbara, responsable chargée de la protection, a rappelé que la migration peut être une opportunité lorsqu’elle est bien préparée. Selon elle, les migrations organisées contribuent souvent au développement, notamment grâce au transfert de compétences et aux envois de fonds vers les familles restées au pays.

‎Mais la responsable a également mis en garde contre les réseaux clandestins qui exploitent l’ignorance et les rêves de milliers de jeunes Africains.

‎« Ce n’est pas la migration qui est mauvaise, mais la manière de migrer. Le manque d’information expose les candidats au départ à des situations de grande vulnérabilité », a-t-elle averti.

‎Pour éviter ces pièges, l’OIM invite les candidats à l’émigration à se renseigner auprès des ambassades ou via des plateformes d’information fiables comme « Wakawell », conçue pour orienter les projets migratoires vers des voies légales.

‎Car derrière les routes clandestines se cachent souvent des tragédies. Traversée du désert, détentions arbitraires, naufrages en Méditerranée : chaque année, des milliers de migrants tentent de rejoindre l’Europe à bord d’embarcations de fortune.

‎Des canoës surchargés, fragiles et inadaptés à la haute mer, qui transforment trop souvent les rêves en drames silencieux. À San Pedro comme à Tabou, le message des autorités est désormais limpide : renoncer à l’exil clandestin au risquer d’y laisser sa vie.

‎Zétia