Côte d’Ivoire – Législatives 2025 : le PDCI-RDA pris en étau entre la prison, la justice et le spectre d’une faute morale à Daoukro

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Daoukro le 20 décembre 2025 – ‎À moins d’une semaine du scrutin législatif fixé au 27 décembre 2025, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) traverse l’une des zones de turbulence les plus délicates de son histoire récente. Principal parti d’opposition, la formation héritière d’Houphouët-Boigny se retrouve confrontée à un triple dilemme : des cadres emprisonnés, des candidatures fragilisées et, à Daoukro, un choix politique qui divise profondément militants et opinion.

‎Les cas d’Innocent Yao et de Soumaïla Bredoumy cristallisent d’abord les tensions. Le premier, président de la Jeunesse rurale du PDCI, est incarcéré depuis juin 2025 à la suite d’une interpellation controversée. Placé sous mandat de dépôt et détenu à la prison d’Abidjan, il est poursuivi pour des chefs d’accusation lourds — atteinte à la sûreté de l’État, destruction de biens publics et terrorisme — en lien avec des faits remontant à la crise de 2020. Le parti, lui, dénonce une procédure à forte connotation politique, visant selon lui à neutraliser un acteur clé de la mobilisation militante.

‎Quelques mois plus tard, c’est Soumaïla Bredoumy, porte-parole du PDCI-RDA et député en exercice, qui se retrouve derrière les barreaux. Placé sous mandat de dépôt fin novembre 2025 après une garde à vue policière, il est poursuivi pour actes terroristes, complot contre l’autorité de l’État et atteinte à l’ordre public. Une arrestation qui suscite un tollé au sein du parti, d’autant que l’immunité parlementaire du député a été invoquée. La direction du PDCI parle d’une procédure « illégale et arbitraire » et d’une atteinte grave à l’État de droit.

‎Ces affaires judiciaires pèsent lourdement sur la machine électorale du parti. Bien que la Commission électorale indépendante (CEI) ait validé 163 candidatures PDCI à l’échelle nationale, l’incarcération de figures de proue désorganise les bases locales, affaiblit la mobilisation et installe l’image d’un parti sous pression judiciaire permanente. À cela s’ajoute le risque, non négligeable, de contestations post-électorales si certaines candidatures venaient à être compromises ou empêchées d’exercer pleinement.

‎Mais c’est à Daoukro que le malaise prend une dimension quasi existentielle. Dans ce fief historique du PDCI, terre du président Henri Konan Bédié et symbole identitaire du parti, la candidature d’un ancien baron condamné dans le scandale de la filière café-cacao fait l’effet d’une bombe. Pour de nombreux militants et observateurs, l’hypothèse relève de l’erreur fatale.

‎Le scandale cacao-café reste une plaie béante dans la mémoire collective : des milliards de francs CFA évaporés, des producteurs ruinés, une filière stratégique durablement fragilisée. Voir un acteur condamné de cette période revenir briguer les suffrages dans une région agricole comme Daoukro-Ngattakro est perçu par certains comme une provocation, voire une insulte aux planteurs. « Quel message envoie-t-on aux paysans ? », s’interrogent des voix locales. « Que leur souffrance ne compte pas ? »

‎À Daoukro, la polémique dépasse la simple arithmétique électorale. Elle touche au cœur moral du PDCI. Le parti qui revendique probité, rigueur et héritage historique peut-il se permettre de flirter avec une candidature jugée toxique par une partie de son électorat ? En offrant une telle prise à ses adversaires, le PDCI ouvre un boulevard aux critiques sur l’incohérence et le recyclage politique.

‎À quelques jours du vote, l’heure est à la vérité pour le vieux parti. Entre la défense de ses cadres emprisonnés, la préservation de sa crédibilité morale et la nécessité de rester compétitif dans les urnes, le PDCI-RDA joue gros. À Daoukro comme ailleurs, le scrutin du 27 décembre ne dira pas seulement qui gagne des sièges. Il dira aussi quel parti le PDCI veut être : une force d’alternance crédible ou une formation prisonnière de ses contradictions.

‎Contribution particulière de Adrien Koffi waf, planteur

NB : le titre est de la rédaction