Côte d’Ivoire : 48 heures après l’annonce officielle du prix du cacao à 1.200 FCFA/kg, les producteurs dénoncent un « statu quo » et réclament un plan de sauvetage

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Abidjan le 03 septembre 2026 – Quarante-huit heures seulement après l’annonce des nouveaux prix bord champ de la campagne principale 2026-2027, la tension monte déjà dans la filière café-cacao. Réunies autour d’une déclaration commune rendue publique ce jeudi 3 septembre, sept (7) organisations professionnelles agricoles estiment que le maintien du prix du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme ne fait que prolonger une crise qui, selon elles, n’a jamais véritablement pris fin.

Pour les représentants des producteurs, le verdict est sans appel. Le prix annoncé le 1er septembre par le ministre de l’Agriculture, Koné Nabagné Bruno, lors des Journées nationales du café-cacao (JNCC), correspond à une simple reconduction du tarif appliqué lors de la campagne intermédiaire 2025-2026. Une décision qui va à l’encontre des attentes du monde paysan, encore marqué par le prix record de 2 800 FCFA/kg annoncé l’an dernier pour la campagne principale, mais qui, rappellent-ils, n’a jamais été effectivement respecté sur le terrain.

« Rien n’a changé », résument les sept organisations professionnelles agricoles dans leur déclaration. Pour elles, le maintien du prix à 1.200 FCFA traduit la persistance de la crise qui secoue la principale filière d’exportation du pays. Elles estiment que les producteurs, présentés comme les premiers artisans de la richesse nationale, demeurent confrontés à une précarité économique qui fragilise leurs exploitations.

 

Par la voix de leur porte-parole, Ehoura Yao Léonard, président de la Coordination Rurale de Côte d’Ivoire (CR-CI), les organisations reviennent également sur le lourd passif de la précédente campagne. Elles rappellent que, face à la crise de commercialisation de 2025-2026, 123 000 tonnes de cacao avaient été inventoriées par l’État, dont 100 000 tonnes avaient bénéficié d’une subvention publique de 291 milliards de FCFA afin de faciliter leur écoulement.

Cependant, selon eux, 23 000 tonnes de cacao sont encore entre les mains des producteurs, représentant une valeur estimée à 66,7 milliards de FCFA. À cela s’ajouteraient plus de 7 000 tonnes correspondant, toujours selon les organisations, à un écart financier de 20,3 milliards de FCFA qui n’aurait pas aussi été reversé aux producteurs à l’issue de l’opération de rachat.

 

Face à cette situation, les sept (7) organisations refusent de s’en tenir au seul constat. Elles formulent trois (3) revendications qu’elles jugent prioritaires pour éviter une aggravation de la crise.

 

La première consiste à procéder sans délai à l’enlèvement de l’ensemble des stocks résiduels encore détenus par les producteurs.

La deuxième vise l’ouverture d’un dialogue institutionnel à travers la mise en place d’un comité paritaire État-organisations professionnelles agricoles, chargé d’examiner les difficultés structurelles de la filière et de proposer des solutions durables.

Enfin, elles sollicitent l’octroi d’une subvention exceptionnelle destinée aux producteurs ainsi qu’à leurs organisations afin d’éviter, selon leurs propres termes, « l’asphyxie du monde paysan ».

Signée par la CR-CI, la CNMA-CI, le SYNARFA-CI, le SYPRODA-CI, le SYNAPROCCACI, l’UNAJEPACI et le SYNEMACCI, ces organisations se disent néanmoins ouverte au dialogue. Elles assurent les autorités de leur disponibilité à travailler à une solution définitive capable de restaurer la sérénité dans la filière.

À peine deux jours après l’ouverture officielle de la campagne 2026-2027, le prix bord champ du cacao, censé donner le ton de la campagne d’achat, soulève ainsi des interrogations sur l’avenir économique des producteurs ivoiriens et annonce déjà une campagne sous haute tension.

 

Jules Eugène N’DA