Avec une capacité installée de 2 900 MW, la Côte d’Ivoire dispose d’un atout de poids, mais pas d’une garantie absolue contre les délestages. Dans cet entretien, Emmanuel Yéo, expert en efficacité énergétique et directeur de Lynays Entreprises, revient sur les défis liés à la demande croissante en électricité, les conditions indispensables à l’industrialisation du pays et les solutions concrètes pour réduire le gaspillage énergétique, notamment dans l’administration publique où les pertes atteignent 11 milliards de FCFA par an.
Avec ses 2 900 mégawatts (MW), la Côte d’Ivoire est-elle à l’abri d’éventuels délestages ?
La capacité de production de 2 900 MW est un atout majeur, mais elle ne garantit pas une immunité totale contre les délestages. Plusieurs facteurs peuvent entraîner des coupures, même avec une capacité de production suffisante :
• Entretien et pannes des centrales : Les centrales électriques nécessitent une maintenance régulière. Une panne imprévue ou des travaux de maintenance sur une centrale de grande capacité peuvent déséquilibrer le réseau.
• Croissance de la demande : La demande en électricité en Côte d’Ivoire augmente de manière significative (plus de 8% par an). Si la croissance de la production ne suit pas le rythme de la demande, un déséquilibre peut se créer, conduisant à des coupures.
• Facteurs climatiques : Une part importante de la production est hydroélectrique. Une période de sécheresse prolongée peut réduire le niveau d’eau des barrages, affectant ainsi leur capacité de production.
• Qualité et stabilité du réseau : Le réseau de transport et de distribution doit être suffisamment robuste pour acheminer l’électricité. Des incidents sur le réseau peuvent causer des délestages locaux, même si l’énergie est disponible au niveau des centrales.
En résumé, la capacité de production est une chose, mais la gestion du réseau, l’efficacité de la distribution et la maîtrise de la demande, l’economie d’energie sont tout aussi cruciales pour éviter les délestages.
Que faut-il à la Côte d’Ivoire pour qu’elle parvienne à un pays industrialisé ?
Pour devenir un pays industrialisé, la Côte d’Ivoire doit s’appuyer sur plusieurs leviers stratégiques :
• L’autosuffisance énergétique durable : Sans abondance énergétique a moindre cout, aucune industrialisation a grande échelle dans le contexte de la compétitivité mondiale aujourd’hui. La CI doit être champion en matière d’efficacité énergétique, EEA, EEP et EES afin de maintenir durablement a moindre cout son autosuffisance énergétique , levier nécessaire pour son industrialisation.
• Transformation locale des matières premières : Le pays est un leader mondial dans la production de cacao, de café, de coton, d’hévéa. L’industrialisation passera par le développement d’usines de transformation sur place pour créer de la valeur ajoutée et des emplois.
• Développement de l’agro-industrie : L’agro-industrie est la voie royale vers l’industrialisation. En modernisant ce secteur, la Côte d’Ivoire peut se positionner sur les marchés internationaux avec des produits finis de haute qualité.
• Diversification économique : Ne pas se reposer uniquement sur l’agriculture et l’extraction, mais aussi développer des secteurs d’avenir comme l’industrie 4.0, les technologies de l’information et les énergies propres.
• Amélioration de l’environnement des affaires : Un cadre juridique stable, une administration simplifiée et des infrastructures de qualité (routes, ports, énergie) sont essentiels pour attirer les investissements privés nationaux et étrangers.
• Investissement dans le capital humain : Former la main-d’œuvre qualifiée nécessaire aux industries modernes est un prérequis indispensable.
Quelles solutions propose Lynays pour accompagner la Côte d’Ivoire dans son ambition de devenir un pays autosuffisant en énergie électrique ?
Lynays Entreprises peut jouer un rôle de premier plan en proposant des solutions d’efficacité énergétique adaptées au contexte de l’industrialisation :
• Réduction des coûts de production : En déployant des solutions d’efficacité énergétique (comme le coffret électrique intelligent), Lynays permet aux usines de réduire leur facture d’électricité. Cela améliore leur compétitivité et libère des capitaux pour d’autres investissements.
• Optimisation de la consommation : L’entreprise peut réaliser des audits énergétiques complets pour identifier les sources de gaspillage et proposer des solutions sur mesure pour les industries.
• Intégration des énergies renouvelables : Lynays peut accompagner les entreprises dans leur transition vers des sources d’énergie plus propres et plus fiables, comme le solaire, réduisant ainsi leur dépendance vis-à-vis des energies fossiles classiques.
• Modernisation des infrastructures : En proposant des services de construction de bâtiments intelligents et de l’Internet des Objets (IdO) et la TGIME-ES pour la gestion de l’énergie, Lynays contribue à moderniser l’infrastructure industrielle du pays.
Peut-on avoir une estimation du taux de gaspillage de l’énergie par l’administration publique ?
Il est difficile d’avoir un « taux » exact, mais l’État ivoirien a reconnu un gaspillage significatif. Des études et des déclarations officielles estiment le manque à gagner à environ 11 milliards de FCFA par an pour l’État en raison du gaspillage d’énergie dans les bâtiments publics.
Ce chiffre met en évidence le potentiel d’économies considérable qui pourrait être réalisé par des actions concrètes :
• Sensibilisation du personnel : Promouvoir les gestes simples comme l’extinction des lumières et la bonne utilisation des climatiseurs.
• Remplacement des équipements énergivores : Installer des ampoules LED et des appareils de climatisation plus performants.
• Mise en place de systèmes de gestion intelligente de l’énergie : Utiliser des technologies comme le coffret intelligent TLJ 100 (TGIME) pour surveiller et optimiser la consommation en temps réel.
En s’attaquant à ce gaspillage, l’administration publique peut non seulement réduire ses propres coûts de fonctionnement, mais aussi donner l’exemple au secteur privé et à la population et ainsi favoriser le maintien de l’autosuffisance énergétique du Pays.
Jules Eugène N’DA