Abidjan le 24 août 2025 – Il fut un temps où Venance Konan maniait la plume comme un sabre. Tranchant, précis, sans concession. Aujourd’hui, l’aîné s’est assis. Non pas sur ses lauriers, mais sur son esprit critique, muet face à ce qui ressemble pourtant à une violation en plein jour de la Constitution.
Oui, cher aîné V K. Vous qui, dans une diatribe récente, avez étrillé les militants du PDCI pour avoir choisi Tidjane Thiam, les traitant à demi-mot de naïfs incapables de discernement. Vous qui trouvez « insultant » qu’un homme « qui a royalement ignoré le parti et son pays » puisse prétendre au fauteuil de Bédié. Vous qui, dans votre envolée lyrique, avez offert des conseils gratuits à « Titi », l’invitant à faire preuve « d’humilité » et à attendre son tour.
Très bien, cher aîné. Mais dites-nous : où est votre indignation aujourd’hui que votre camp marche allègrement sur la loi fondamentale ? Où sont vos colonnes enflammées pour rappeler qu’en Côte d’Ivoire, le texte suprême n’est pas un chiffon qu’on froisse au gré des ambitions d’un seul homme ?
En 2020, souvenez-vous, Alassane Ouattara avait ressorti l’argument de « l’énorme sacrifice ». Gon Coulibaly, son dauphin désigné, n’étant plus, il avait repris le flambeau « pour sauver la République ». Soit. Cinq ans plus tard, personne — je dis bien personne — n’est prêt, selon le président du Rhdp, à prendre la relève. Pas un cadre, pas un prétendant crédible. Et cela, V K, vous ne le voyez pas ?
Qu’est-ce qui est plus insultant, cher aîné ? Que des militants choisissent un Tidjane Thiam revenu de Londres, ou que votre parti, malgré des moyens colossaux, se révèle incapable de former un dauphin en quinze ans de pouvoir absolu ? Qu’est-ce qui est plus humiliant que ce constat d’incompétence livré au grand jour : « sans Ouattara, nous sommes perdus » ?
Votre silence est d’autant plus assourdissant que vous savez, mieux que quiconque, que la loi est claire. Si demain, dans un autre camp, quelqu’un osait ce que fait le RHDP, vous auriez sorti le fouet. Mais là, rien. Pas un mot, pas une ligne, pas même une pique enveloppée dans votre ironie habituelle.
Et puisque vous aimez voir la « paille dans l’œil » des autres, permettez qu’on vous tende un miroir. Parce qu’à force de fixer le PDCI, vous ne voyez plus la poutre dans votre propre camp. Ce mutisme, cher V. K, ressemble à une abdication intellectuelle. Pire, à une caution.
On murmure que vous seriez « en mission », que vos critiques bien ciblées et vos silences bien pesés relèvent désormais d’une stratégie. Soit. Mais à ce jeu, sachez que l’Histoire n’a jamais été tendre avec les plumes qui se couchent.
Rappelez-vous, cher aîné : quand Houphouët-Boigny révéla Alassane Ouattara en 1990, l’homme avait su s’imposer par le travail, par l’audace, par une vision. Trente-cinq ans plus tard, le RHDP, gavé de cadres et d’argent, n’a trouvé personne d’autre que lui pour porter son flambeau. Voilà le vrai scandale!
Alors, cher Venance Konan, dites-nous : votre silence est-il un choix stratégique… ou le triste aveu qu’au RHDP, l’intellect se résume à une seule pensée, celle du chef ou a définitivement rangé ses armes ?
À très bientôt….
Jules Eugène N’DA