Abidjan le 16 septembre 2026 – Le Prix bord champ jugé humiliant, les stocks résiduels toujours problématiques, l’OIA contestée et le Conseil Café-Cacao désormais interpellé. Les sept organisations professionnelles agricoles montent au créneau et exigent des mesures fortes. La colère des producteurs change de ton.
Cette fois, le ton est particulièrement musclé. Dans une déclaration rendue publique ce 15 septembre 2026, les sept Organisations professionnelles agricoles (OPA) de la filière café-cacao mettent directement les pieds dans le plat. Face au prix bord champ de 1 200 F CFA le kilogramme de cacao, elles dénoncent une situation devenue dramatique et réclament une refonte en profondeur du système de représentation des producteurs.
Leur cible principale ? L’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) café-cacao, collège des producteurs. Réunie le 11 septembre dernier à Divo, cette structure aurait, selon les signataires, davantage suscité l’interrogation que l’apaisement.
Pour les sept OPA, difficile en effet de comprendre la démarche de l’OIA alors que les producteurs broient du noir. Elles estiment que le collège chargé de défendre leurs intérêts a surtout montré ses limites dans la gestion de la crise des stocks de cacao inventoriés au cours de la campagne 2025-2026.
Le coup de colère contre l’OIA
Les mots utilisés dans la déclaration ne laissent guère de place au doute. Le collège des producteurs, censé être leur porte-voix, est accusé d’avoir « échoué lamentablement » dans la gestion du dossier des stocks.
Une situation qui soulève une question embarrassante : où se trouve aujourd’hui le cacao inventorié et pourquoi une partie de la production demeure-t-elle encore entre les mains des producteurs ?
Au-delà de l’OIA, c’est donc tout le mécanisme ayant présidé à la représentation des producteurs qui est remis en cause. Et, en arrière-plan, le Conseil Café-Cacao, acteur central de l’organisation et de l’encadrement de la filière, est forcément interpellé sur la manière dont cette interprofession a été mise en place et accompagnée.
Les sept OPA réclament ainsi ni plus ni moins que la dissolution de l’actuel collège des producteurs et la création d’une nouvelle organisation interprofessionnelle, plus représentative de la réalité du terrain.
Les producteurs demandent des comptes
Un audit. Et pas un audit de façade. Les organisations demandent un examen de la gestion des fonds publics consacrés aux opérations de la filière, afin, disent-elles, d’éclairer l’opinion nationale et internationale.
Dans une filière qui brasse d’importantes ressources et qui constitue l’un des piliers de l’économie ivoirienne, cette exigence risque de faire du bruit.
Les producteurs demandent également à l’État une subvention exceptionnelle pour cette campagne 2026-2027 afin de soutenir le prix d’achat bord champ fixé à 1.200 F CFA.
Autre revendication : renforcer immédiatement la sécurité aux frontières Est et Ouest.
Les OPA soupçonnent la fuite d’une partie de la production vers les pays limitrophes et demandent des mesures drastiques pour préserver la commercialisation intérieure.
Quant à la menace de grève, les signataires jouent cartes sur table. Oui, insistent-elles, à une mobilisation pour défendre les producteurs et améliorer leurs conditions de vie. Non à une grève destinée à exiger le départ de responsables nommés par le chef de l’État.
Une nuance importante qui traduit leur volonté de concentrer la bataille sur le fond notamment sur le prix, les revenus, la représentation et la gouvernance de la filière.
Le message adressé aux autorités est clair et désormais difficile à ignorer. Avec un cacao à 1.200 F CFA/Kg, des stocks dont le dossier reste sensible et une OIA dont la représentativité est violemment contestée, les producteurs ne veulent plus seulement être consultés. Ils réclament des actes.
Et si aucune réponse concrète ne vient calmer la fronde, les sept OPA préviennent qu’elles sont prêtes à soutenir « toutes actions » susceptibles d’améliorer le bien-être des producteurs.
La bataille du cacao ivoirien pourrait donc entrer dans une autre phase.
JEN