Affaire Mutradafp : président de la mutuelle, souscripteurs, tous roulés dans la farine

Listen to this article

Abidjan le 16 octobre 2026 – Des souscripteurs qui réclament des comptes dans le dossier immobilier opposant la MUTRADAFP à la société AL SANOGO, un proche de l’ancien président de la mutuelle donne une version qui relance le débat autour des 4,036 milliards de FCFA versés, des titres fonciers contestés et des projets toujours inachevés. L’entourage du dirigeant incarcéré au Pôle pénal économique et financier (PPEF) soutient que la mutuelle aurait elle-même été trompée. Son espoir : seule la libération pourrait permettre de reprendre les négociations et trouver une issue à cette affaire qui empoisonne la vie de nombreux souscripteurs.

Quatre jours après la sortie du collectif des souscripteurs dans l’affaire immobilière opposant la Mutuelle des agents de la Direction des affaires financières et du patrimoine du ministère de l’Économie et des Finances (MUTRADAFP) à la société AL SANOGO, la riposte vient de l’entourage de l’ancien président de la mutuelle. Un proche du dirigeant, actuellement détenu au Pôle pénal économique et financier, apporte des précisions sur les circonstances dans lesquelles cette opération immobilière, présentée à l’origine comme une initiative sociale, se serait progressivement enlisée.
L’affaire porte sur 4 036 700 000 FCFA versés entre août 2020 et septembre 2023 pour des terrains annoncés à Bingerville et à Grand-Bassam, sur des documents fonciers dont la fiabilité est contestée et des souscripteurs toujours dans l’attente de leurs parcelles ou d’une solution financière.

L’ambition de départ semblait pourtant claire. La MUTRADAFP voulait permettre à ses membres et à d’autres souscripteurs d’acquérir des terrains nus assortis d’un arrêté de concession définitive (ACD). Pour concrétiser cette ambition, deux sites avaient été retenus à Bingerville, notamment à Akouai-Agban et à Elokaté, ainsi qu’un autre à Motobé, dans la zone de Grand-Bassam.
Une convention d’assistance juridique a même été conclue avec l’étude de Maître Armand Guillaume Boa, notaire, tandis qu’un protocole d’accord qui lie la mutuelle à la société AL SANOGO, représentée par Moustapha Sanogo.
Selon les explications fournies par la MUTRADAFP, les fonds ont été remis au promoteur par l’intermédiaire de l’étude notariale, représentée par Mme Béhé, née Akpa Bénédicte, alors présentée comme clerc principal de notaire et point focal chargé du suivi des dossiers.
Mais le projet aurait progressivement perdu en lisibilité. Un premier site aurait été présenté avant que son caractère litigieux ne soit évoqué. Une autre parcelle aurait ensuite été proposée, avec des assurances concernant l’existence du terrain et l’authenticité des documents fonciers.
C’est précisément sur ces vérifications que se cristallisent aujourd’hui les interrogations.

Dans son récit, le proche de l’ancien président affirme que Mme Béhé, initialement désignée pour faciliter les démarches juridiques et foncières, aurait fini par intervenir comme si elle représentait directement les intérêts contractuels du promoteur.
Le dossier transmis alors par la mutuelle fait notamment état d’une parcelle de 62 hectares, 19 ares et 94 centiares dans la zone d’Elokaté, présentée comme relevant du titre foncier n° 235 060 du livre foncier d’Alobé. À Motobé, un autre terrain de 59 hectares, 40 ares et 75 centiares aurait été associé au titre foncier n° 2052 du livre foncier d’Alépé.
Selon la MUTRADAFP, des investigations ultérieures, engagées avec l’appui du cabinet de l’avocat Dohora Blédé et d’un commissaire de justice, auraient fait apparaître une situation différente de celle initialement présentée. La mutuelle affirme que le terrain d’Elokaté appartiendrait à la société KHADRIS et celui de Motobé à M. Akpalé Digbeu Aimé.
Quant au site d’Akouai-Agban, la communauté villageoise aurait indiqué ne plus avoir maintenu de relations avec le promoteur.
Ces éléments constituent les griefs avancés par la mutuelle.
Des frais supplémentaires qui criéent la confiance.
Autre point de rupture : la demande de paiement de nouveaux frais pour poursuivre l’opération.
Après les versements effectués, la MUTRADAFP affirme avoir réclamé le démarrage effectif des travaux de décapage et de bornage, afin de rendre les sites visibles et de permettre aux souscripteurs de constater l’avancement du projet.
Selon ce sachant du dossier, le promoteur et son interlocutrice juridique auraient alors conditionné la poursuite du processus à la signature d’un avenant et au paiement de 3,5 millions de FCFA par lot. Cette somme devrait servir à couvrir 1,5 million de FCFA des travaux VRD et 2 millions pour les frais de mutation.
La direction de la mutuelle aurait alors refusé cette exigence, provoquant une rupture de confiance entre les parties.
Des courriers auraient ensuite été  échangés, certains mettant en cause la mutuelle pour son refus de payer. Face à cette escalade, la MUTRADAFP dit avoir sollicité son conseil juridique avant de saisir la Police économique et financière ainsi que le Pôle pénal économique et financier.
Mais alors, pourquoi les difficultés rencontrées n’ont-elles pas conduit plus tôt à une information complète portée à la connaissance des souscripteurs et à une réévaluation du partenariat ?
Selon le proche de l’ancien président les intentions réelles d’un promoteur ne peut être immédiatement décelables. Les irrégularités graves auraient été identifiées, souligne-t-il, qu’au fil des vérifications. Il assure même que la mutuelle a porté plainte dès la découverte des anomalies qu’elle dénonce.

Pour l’entourage de l’ancien président, « les difficultés ont commencé début 2024 ».
Interrogé sur les raisons pour lesquelles l’ancien président aurait continué à rassurer les souscripteurs au-delà de l’échéance initialement envisagée, son proche situe le début des difficultés majeures avec Moustapha Sanogo au début de l’année 2024, après le non-respect des engagements relatifs au décapage des sites.
Il évoque alors un courrier daté du 16 août 2023 par lequel l’étude notariale aurait demandé la mise à disposition de pièces d’identité actualisées des souscripteurs, en vue de l’établissement de titres fonciers individuels. Quelques dossiers techniques auraient, selon lui, été transmis parallèlement.
Cet élément aurait brouillé les soupçons de la direction a cru que le projet progressait encore, malgré les retards.

Sur la question d’éventuelles conversations privées supprimées après les plaintes, le proche du président récuse cette interprétation. Il estime que la restriction des échanges serait certainement liée à l’instruction judiciaire en cours, et non à une volonté d’effacer des traces.

L’entourage du président détenu affirme également que les difficultés ne concerneraient pas tous les projets immobiliers de la mutuelle. À Yamoussoukro, un premier site aurait reçu des pancartes, tandis que le partage des parcelles entre le promoteur principal et les villageois est attendu. Sur un second site, les travaux d’aménagement seraient en cours.
À Songon, le promoteur aurait remis certaines attestations, mais la mutuelle attendrait encore les documents complémentaires.
Ces annonces laissent entrevoir des possibilités de sortie de crise.
Pour le proche de l’ancien président interrogé, l’éventualité d’un probable remboursement dépendrait notamment de la restitution à la mutuelle des biens saisis de la société Al Sanogo dans le cadre de l’enquête judiciaire. Il ne fournit cependant aucun élément permettant d’établir le montant des sommes encore disponibles sur le compte de la mutuelle ou de confirmer qu’elles suffiraient à désintéresser les souscripteurs.

L’incarcération de l’ancien président complique, selon son entourage, les démarches engagées pour rechercher une issue. Ses proches affirment que ses avocats travaillent sur des propositions susceptibles de permettre une reprise des négociations.
Leur conviction est sans ambiguïté : seule sa sortie de prison permettrait de poursuivre les discussions avec les partenaires et de trouver une solution au bénéfice des souscripteurs. Son entourage assure qu’à défaut, une autre personne pourrait prendre le relais pour garantir la continuité du projet.
Mais déjà ce qu’il faut retenir, c’est que plusieurs procédures judiciaires viseraient Monsieur Moustapha Sanogo, notamment des affaires d’escroquerie présumée et de blanchiment de capitaux. Ces affaires portent des montants de 200 millions, 50 millions et 3,9917 milliards de FCFA.

Pour les souscripteurs, l’urgence aujourd’hui, n’est plus seulement de savoir qui a failli à ses engagements mais plutôt être remboursés.

Jules Eugène N’DA

#affaire MUTADAFP#Al Sanogo#Béhé Bénédicte#opération immobilière