Bouna le 02 Octobre 2026 – Dans le Bounkani, la bataille contre les fausses informations est désormais l’affaire des communautés. Après le Tchologo, l’OIDH, la CIDDH et leurs partenaires ont investi le terrain de Bouna pour armer les leaders locaux contre la désinformation et les manipulations et ingérences étrangères de l’information (FIMI). Une démarche jugée plus que nécessaire dans une région considérée comme sensible.
La désinformation ne se combat plus seulement derrière les écrans. À Bouna, elle s’est invitée dans les actes quotidiens des communautés, des lieux de culte, des marchés et des espaces de dialogue.
Du 24 au 28 septembre 2026, une mission de sensibilisation et de formation consacrée à la lutte contre la désinformation et les FIMI a mobilisé autorités administratives, responsables religieux, autorités traditionnelles, acteurs municipaux et leaders communautaires.
Portée par la Coalition Ivoirienne des Défenseurs des Droits Humains (CIDDH), dans le cadre d’un projet soutenu par l’Observatoire Ivoirien des Droits Humains (OIDH), International IDEA et Affaires mondiales Canada, cette campagne cible notamment deux régions identifiées comme particulièrement sensibles : le Bounkani et le Tchologo.
« Prenez le maximum d’informations »
À l’ouverture de la séance de formation, le vendredi 25 septembre, le sous-préfet de Bouna, M. Aliali, n’a pas caché ses préoccupations face à la prolifération vertigineuse des informations non vérifiées.
« À l’ère de la prolifération des fausses informations sur les réseaux sociaux, ce qui représente une menace à l’accès à l’information fiable, la CIDDH a bien voulu apporter sa contribution dans la lutte contre ce fléau », a-t-il souligné.
Pour l’autorité préfectorale, l’enjeu dépasse largement la simple fiabilité d’une publication sur les réseaux sociaux. Dans une zone considérée comme sensible, une information fausse ou manipulée peut rapidement alimenter les tensions et fragiliser le tissu social.
Le sous-préfet a donc appelé les participants à une vigilance accrue et surtout à la restitution des connaissances acquises.
« Si vous êtes ici, c’est parce que vous êtes des leaders. Prenez le maximum d’informations sur la désinformation et les mécanismes de lutte contre ce fléau pour nous aider à prévenir d’éventuels conflits dans notre région », a-t-il insisté.
Une invitation qui résume bien l’ambition de la mission. Celle de transformer une quinzaine de participants en véritables relais de prévention au sein de leurs communautés.
« fausse information, une gangrène »
Représentant le maire de Bouna à la cérémonie, le conseiller municipal Kambiré Toh a, lui aussi, placé la désinformation au rang des préoccupations majeures de la commune.
Au nom du maire et du conseil municipal, il a salué une initiative appelée, selon lui, à contribuer à la consolidation de la cohésion sociale dans le Bounkani.
« Lorsque, dans cette initiative, vous osez vous attaquer à cette thématique qui se présente comme une gangrène dans notre commune, voire notre région, vous ne vous êtes pas trompés du tout », a-t-il déclaré.
Le conseiller municipal a notamment mis en avant le contexte éducatif de la région, évoquant un taux d’analphabétisme de 68 %, contre 46,5 % au niveau national, présenté dans son intervention comme un facteur de vulnérabilité face à la désinformation.
Pour lui, la manipulation de l’information ne prospère pas uniquement grâce à ceux qui produisent les contenus trompeurs. Elle trouve également son carburant dans leur circulation et leur partage.
Le représentant du maire a ainsi encouragé les organisateurs à poursuivre leurs actions et appelé à davantage de résilience dans la lutte contre ce phénomène.
«Comprendre, détecter, vérifier »
Pendant la mission, les participants ont été confrontés à une question devenue centrale dans l’univers numérique : comment éviter de devenir soi-même le relais involontaire d’une fausse information ?
Trois modules ont structuré la formation du 26 septembre. Le premier, animé par Diané Wognin Kouadio, responsable du projet, portait sur la compréhension des FIMI et des menaces informationnelles.
Le deuxième, animé par Eugène N’DA, s’est intéressé aux techniques de manipulation de l’information. Les participants ont notamment été sensibilisés aux mécanismes permettant de fabriquer, déformer, sortir du contexte ou amplifier artificiellement une information.
Le troisième module, animé par Naomie Bamba, était consacré à la vérification de l’information et à la sensibilisation communautaire.
L’objectif est clair : inculquer un réflexe simple avant tout partage, c’est-à-dire : s’arrêter, questionner, vérifier.
Quelle est la source ? Qui a publié l’information ? À quelle date ? D’autres sources fiables la confirment-elles ? Le contenu a-t-il été sorti de son contexte ? Existe-t-il des éléments permettant d’en vérifier l’authenticité ?
«La sensibilisation sur le terrain »
La campagne ne s’est toutefois pas limitée à une salle de formation. La veille, la délégation a rencontré les autorités administratives et municipales, les pasteurs, les membres du Palais royal ainsi que les responsables musulmans pour les civilités mais également exposé le but de sa présence dans la localité.
La Radio Al Bayane a été mis à contribution. Une émission a permis de toucher un public plus large.
Le dimanche 27 septembre, le dispositif a gagné le terrain. Accompagnée de leaders communautaires et d’un guide-interprète, l’équipe est allée à la rencontre des populations de la capitale du Bounkani. Et c’est l’axe reliant la préfecture au marché de Bouna qui a été envahi.
Sur le terrain, dans le marché de Bouna comme dans les artères, le message était direct : une information reçue n’est pas nécessairement une information vraie. Il faut la vérifier pour s’assurer qu’elle est vraie.
À Bouna, la lutte contre la désinformation est désormais une affaire collective. Autorités, religieux, chefs traditionnels, journalistes, jeunes, femmes et leaders communautaires sont désormais invités à jouer leur partition.
Car dans une région où une rumeur peut circuler en quelques secondes, la meilleure réponse pourrait bien être un réflexe qui, lui, demande quelques minutes, celui de vérifier avant toute action de partage.
Jules Eugène N’DA