Abidjan le 17 Septembre 2025 – Le chômage des jeunes en Afrique reste un casse-tête pour les décideurs publics. Entre emplois précaires, exclusion sociale et stagnation économique, la situation mine l’avenir de toute une génération. Face à cette urgence, l’African Youth Pathways for Resilience and Systems Change (AYPReS) a officiellement lancé, ce mardi 16 septembre à Abidjan, sa représentation nationale en Côte d’Ivoire sous la houlette de la Dre Héléna Abozan. L’atelier de lancement a réuni institutions publiques, société civile, chercheurs, secteur privé et jeunes issus de tous horizons pour réfléchir aux solutions à un mal qui gangrène le continent.
« Nous devons donner la parole à tous les jeunes, y compris ceux issus de groupes marginalisés : réfugiés, personnes en situation de handicap, jeunes femmes rurales ou travailleurs de l’informel. Ils doivent être au centre de la réflexion et de l’action », a insisté Dre Abozan, directrice nationale d’AYPReS.
La rencontre a planté le décor : plus de 60 % des jeunes Africains peinent à trouver un emploi décent. Beaucoup se contentent de petites activités informelles, sans protection sociale ni perspectives d’évolution. « C’est une véritable hémorragie de capital humain », a reconnu un représentant du ministère de la Jeunesse, appelant à « des réponses rapides et structurelles ».
Le projet AYPReS, financé par la Fondation Mastercard et mis en œuvre par le Partnership for African Social & Governance Research (PASGR), intervient dans dix pays africains dont la Côte d’Ivoire. Sa mission : produire des données fiables sur les moteurs de la résilience des jeunes et transformer ces résultats en plaidoyer politique pour orienter les gouvernements vers des politiques inclusives.
L’atelier d’Abidjan a été pensé comme une plateforme de co-construction. Autour de la table : ministères, syndicats, chercheurs, ONG de jeunesse, représentants du secteur privé, médias mais aussi des jeunes eux-mêmes. Tous ont pu débattre des priorités, partager des expériences et identifier des pistes pour renforcer la pertinence de la recherche.
La démarche repose sur le modèle Utafiti Sera, littéralement « politique de recherche » en swahili. Ce cadre innovant vise à créer des communautés de recherche capables de dialoguer avec les acteurs politiques. L’objectif est clair : faire en sorte que les données issues des études ne dorment pas dans des tiroirs mais qu’elles alimentent effectivement les réformes et les programmes d’emploi.
L’un des acquis attendus de ce lancement est la mise en place d’une Utafiti Sera House en Côte d’Ivoire. Cet espace permanent servira de lieu de rencontre entre chercheurs, décideurs et société civile pour transformer les résultats du programme en politiques publiques concrètes. « C’est en créant ce pont entre recherche et action politique que nous pourrons impulser de vrais changements », a martelé Dre Abozan.
Au-delà des diagnostics, les discussions ont révélé une volonté unanime : replacer la jeunesse au centre des décisions. Plusieurs participants présents ont témoigné de leurs expériences relatives aux obstacles rencontrés dans leur parcours. Une jeune entrepreneure du secteur agricole a raconté ses difficultés à accéder au financement, tandis qu’un réfugié installé à Abidjan a insisté sur la nécessité de politiques inclusives pour les déplacés internes.
« Trop souvent, les solutions pour les jeunes sont pensées sans eux. AYPReS change la donne : il s’agit de construire avec eux », a conclu un participant représentant la société civile.
En Côte d’Ivoire comme ailleurs en Afrique, le succès du programme reposera sur une mobilisation collective. L’atelier d’Abidjan a jeté les bases d’un dialogue structuré. Reste désormais à transformer les promesses en actions pour que la résilience des jeunes ne soit plus un slogan, mais une réalité tangible.
JEN