Côte d’Ivoire : Gnamien Konan menace et appelle à une refonte de la filière café-cacao et de l’Anacarde

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Abidjan le 5 août 2025 – L’ancien ministre Gnamien Konan vient de lancer un pavé dans la mare politico-agricole ivoirienne. Dans une publication au vitriol diffusée sur sa page Facebook, l’ex-directeur général des Douanes a décidé de briser le silence sur ce qu’il considère comme un « vol organisé » des planteurs de cacao, de café et de noix de cajou depuis l’indépendance. Et pour ce faire, il n’a pas fait dans la dentelle.

Dans une déclaration qu’on pourrait qualifier d’incendiaire, Gnamien Konan ne prend pas de gants : « Trop, c’est trop ! Je dépose plainte contre Houphouët-Boigny, Bédié, Guéï, Gbagbo et Ouattara », a-t-il crié sa colère.
Tous les chefs d’État qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1960 sont ainsi nommément accusés d’avoir instauré une pratique qu’il juge inique : la fixation unilatérale, par décret, des prix d’achat du cacao, du café et de l’anacarde, produits agricoles phares de l’économie nationale.
« Ils n’étaient ni les propriétaires, ni les acheteurs », souligne-t-il.

Dans un ton accusateur et empreint d’indignation, Gnamien Konan soulève une question fondamentale : de quel droit l’État fixe-t-il les prix d’une production qui ne lui appartient pas ? « Depuis plus de 65 ans, nous vivons dans ce paradoxe, dans cette injustice, pour ne pas dire dans ce vol organisé de nos parents, les planteurs, par nos propres dirigeants. Ils ont permis à des étrangers, à de simples intermédiaires, de s’enrichir massivement sur le dos de nos pauvres paysans », dénonce-t-il.

Pour lui, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une trahison d’élite, une confiscation économique au profit de quelques-uns, sous couvert d’un interventionnisme étatique devenu toxique.

Gnamien Konan pointe ainsi du doigt sur une anomalie structurelle qui, selon lui, gangrène la gestion des principales filières agricoles ivoiriennes. Il accuse les pouvoirs publics d’avoir institutionnalisé une forme de spoliation économique par le biais des mécanismes de fixation des prix. Une méthode qu’il qualifie de « monopole abusif », et qui aurait permis à l’État, tout au long de ces décennies, de maintenir les producteurs dans une précarité chronique tout en enrichissant des courtiers, exportateurs et opérateurs souvent étrangers.

Dans sa charge contre les fondements de cette gestion, l’ex-candidat à la présidentielle de 2015 se veut pédagogique : « Le rôle de l’État devrait se limiter à encadrer le cadre fiscal de ces produits, en fixant la base taxable. Mais jamais, au grand jamais, il ne devrait déterminer le prix de vente d’une production qui ne lui appartient pas », tranche-t-il.

Pour lui, toute autre approche relève d’une dérive autoritaire et constitue une entrave à la liberté économique des producteurs. Il remet en cause la légitimité même de la régulation étatique telle qu’elle est pratiquée dans ces secteurs stratégiques.

Gnamien Konan ne se contente pas de dénoncer : il appelle à l’action. Il plaide pour une refondation en profondeur du mode de gouvernance des filières agricoles, qu’il souhaite plus équitable, plus transparente, et surtout plus respectueuse des droits économiques des planteurs.

« Il est temps que cette arnaque prenne fin. C’est là, à mes yeux, le véritable combat à mener : celui de la justice économique au profit de nos paysans », conclut-il dans un ton grave, presque solennel.

Si certains saluent le courage politique de cette sortie, d’autres y voient une posture populiste, voire un procès trop radical contre l’histoire économique du pays. Mais une chose est sûre : en ciblant les icônes du pouvoir ivoirien, Gnamien Konan vient de rouvrir un débat explosif sur la souveraineté économique, la justice sociale et le rôle de l’État dans la filière agricole.

Alors que les tensions montent autour du prix du cacao à l’approche de la prochaine campagne, la sortie de l’ancien ministre résonne comme un signal d’alarme. Un appel à repenser un modèle qui, de l’avis de plus en plus d’observateurs, a atteint ses limites.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Réformera-t-il ? Ou choisira-t-il, une fois de plus, de temporiser ?
JEN

#café cacao#Gnamien Konan