Abidjan le 04 Mai 2025 – Les populations autochtones des villages d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké, situés dans la sous-préfecture de Bingerville, ont élevé la voix ce samedi 3 mai 2025 à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Élokato. À travers leurs porte-parole – Anderson Adie, Raoul Boka, Namo Nicaise, Akobey Romain Roland, Bernard Anoman et Assandé Nicaise Olivier – ces populations ont dénoncé avec fermeté ce qu’elles qualifient de manœuvres opaques orchestrées par le ministère de la Construction, de l’Urbanisme et du Logement, dirigé par M. Bruno Koné Nabagné, dans la gestion des terres villageoises.
Au cœur de leur indignation : la confiscation persistante et injuste de leurs terres coutumières, aujourd’hui objet d’un déclassement administratif sans véritable rétrocession aux ayants droit traditionnels. Ces terres, jadis cédées par devoir patriotique ou accaparées sans consultation des communautés, continuent d’être exploitées à des fins industrielles sans que les populations locales n’en bénéficient.
« Nos terres, héritées de nos ancêtres, ne sont pas à vendre. Elles incarnent notre histoire, notre culture et assurent notre subsistance. Comment peut-on encore, en 2025, ignorer les droits de ceux qui ont sacrifié tant pour le développement du pays ? » se sont-ils indigné.
En effet, l’indignation de ces communautés ne date pas d’hier. Déjà, dans une lettre adressée le 8 mai 2023 au ministre Bruno Koné, les chefs d’Élokaté et d’Élokato demandaient la rétrocession de 23 392 828 m² de terres autrefois occupées par la société agro-industrielle PALMAFRIQUE (ex-SODEPALM). Ces terres, déclassées officiellement par arrêté ministériel n°23-00001/MCLU/DGUF/DDU/SAS du 20 mars 2023, devaient logiquement revenir aux communautés villageoises. Mais, contre toute attente, elles semblent aujourd’hui promises à d’autres usages, au mépris des revendications locales.
« Dans un courrier en date du 06 septembre 2023, le Ministre de la construction demandait Palmafrique immobilier-SA de se rapprocher des services compétents du guichet unique du foncier pour le dépôt d’un dossier de demande d’arrêté de concession définitive. Alors même que cinq mois plutôt, précisément le 20 Avril 2023, il nous a été donné de constater que la société PALMAFRIQUE a un introduit une demande d’ACD auprès des services du ministère de la Construction et du logement et de l’urbanisme au nom et pour le compte de la Société SCI PALMAFRIQUE IMMOBILIER », ont-ils dénoncé ce qu’ils qualifient de plan machiavélique mis en place avec cette société immobilière née il y a à peine 3 semaines (née le 25 janvier 2023, parution le 27 Mars 2023).
L’histoire de cette expropriation remonte à l’époque coloniale. Dès 1928, la Société des Plantations de l’Afrique de l’Ouest (SPAO) s’est installée sur les terres d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké, sans compensation ni consentement. Plus tard, en 1964, la SODEPALM, créée dans le cadre de la politique agricole du président Félix Houphouët-Boigny, prend le relais avec une série d’arrêtés administratifs. À aucun moment, les populations n’ont bénéficié d’une purge des droits coutumiers ou de compensations équitables avancent-ils. La société devient plus tard PALMINDUSTRIE, puis PALMAFRIQUE en 1996, suite à la privatisation du secteur.
« Nous avons toujours fait preuve de responsabilité. Malgré l’absence d’indemnisation, nous avons accepté les sacrifices au nom du progrès national. Mais aujourd’hui, nos besoins sont criants. L’État doit répondre à l’appel légitime de ses citoyens », ont clamé les conférenciers.
Les habitants d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké font face aujourd’hui à des défis multiples notamment le retour massif de leurs ressortissants, le manque de terres cultivables, les tensions intercommunautaires liées à l’expansion urbaine, et la cherté de la vie. Tous ces facteurs aggravent leur précarité. C’est pourquoi les chefs et patriarches réclament la rétrocession immédiate des terres déclassées.
« Depuis 1995, nous avons multiplié les démarches auprès des autorités et de PALMAFRIQUE. En vain. Aujourd’hui, l’État ne peut plus détourner le regard. Ces terres doivent revenir à ceux qui y ont leurs racines », ont-ils insisté .
Ce combat dépasse la simple revendication foncière. Il s’agit d’une question de dignité, de justice historique et de cohésion sociale. Les communautés ne s’opposent pas au développement, mais exigent d’en être des acteurs respectés.
En lançant cet appel, les villages d’Élokaté, Élokato et M’Batto-Bouaké interpellent l’ensemble de la nation sur l’urgence de repenser les rapports entre l’État, les entreprises et les communautés locales. Le développement ne peut se faire sans équité, ni au détriment des droits ancestraux.
Les populations attendent désormais un geste fort du ministre Bruno Koné, celui de la rétrocession des terres promises, gage de paix sociale et de réparation morale.
JEN