Côte d’Ivoire : Akrou face à un scandale foncier aux ramifications inquiétantes

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Abidjan le 22 avril 2025 – Dans le paisible village d’Akrou, situé dans la commune côtière de Jacqueville, une crise foncière d’une ampleur inédite menace la cohésion sociale et l’ordre public. À l’origine, un conflit né en 2012 autour de la chefferie villageoise s’est mué au fil des ans en une affaire de spoliation foncière, alimentée par des complicités administratives et des pratiques présumées frauduleuses.

Tout débute en 2012, lorsque les populations d’Akrou contestent la gestion du chef Yacé Nangban Ignace. Celui-ci est accusé de mauvaise gestion du foncier, des loyers issus des antennes téléphoniques, ainsi que du patrimoine collectif. Cette fronde populaire aboutit à la mise en place, sur décision préfectorale, d’un comité de gestion présidé par Tekri Akadjé Gervais, intégrant aussi bien les partisans que les opposants au chef.

Mais loin d’apaiser les tensions, ce compromis ravive les rivalités. Refusant de perdre la main sur les terres villageoises, Yacé Nangban s’oppose aux initiatives de lotissements privés menées par les propriétaires terriens. Il refuse de signer les documents nécessaires aux démarches administratives, bloquant ainsi les projets. Une tentative de médiation impliquant les autorités locales échoue, malgré l’engagement du maire de Jacqueville et de la sous-préfète.

Face à l’impasse, les propriétaires terriens se tournent vers la justice. Par ordonnance du tribunal de Dabou en 2017, M. Tekri Akadjé Gervais est officiellement désigné pour signer les attestations villageoises. Une décision renforcée par un arrêt de la Cour d’Appel en 2020, lui conférant pleine légitimité.

Cependant, dans l’ombre de ces procédures légales, une entreprise nommée AGO (Agence Opérationnelle d’Aménageur Foncier), dirigée par Mme Vigninkin Cica Agnès épouse Teho, fait son apparition. Elle obtient des documents fonciers sur la base d’attestations délivrées par le chef Yacé Nangban, malgré son désaveu par les autorités locales et la justice. En 2019, alors que M. Tekri est toujours le signataire reconnu, AGO émet des attestations adossées à de faux guides villageois, selon les accusations des propriétaires terriens.

La situation s’envenime lorsque le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU), par le biais de son directeur des Affaires juridiques, Kaba Mory, qui annule plusieurs lotissements initiés par les propriétaires au seuil motif qu’il n’y a pas eu d’enquête publique au préalable. Paradoxalement, un lotissement de 265 hectares, situé en pleine forêt, est approuvé au profit d’AGO sans non plus d’enquête préalable ni consentement des ayants droit. Ce traitement jugé inéquitable est dénoncé comme une « justice à double vitesses » par le comité de gestion du village d’Akrou.

Derrière cette approbation controversée, les soupçons de collusion se précisent. Le collectif des propriétaires accuse le sieur Kaba Mory de soutenir activement AGO, allant jusqu’à intervenir dans les procédures judiciaires pour bloquer les décisions favorables au comité villageois. Une lettre de protestation adressée au ministre met en lumière cette crise « explosive », tandis que des copies d’attestations frauduleuses auraient été utilisées pour établir des ACD (Arrêtés de Concession Définitive), avec l’aide de l’actuel directeur départemental du MCLU à Jacqueville.

Autre inquiétude ; Certains membres de la communauté, apparemment ralliés à AGO, auraient servi de caution pour légitimer des pratiques qualifiées de « mafieuses ». Le climat est devenu si tendu que l’accès aux documents fonciers est désormais restreint, malgré les décisions de justice en faveur des propriétaires terriens.

Dans une dernière tentative, le cabinet juridique des propriétaires terriens a saisi le Conseil d’État, apportant des preuves d’irrégularités et dénonçant l’inaction, voire l’implication, de certains responsables administratifs locaux dans cette gestion chaotique. « Kaba Mory est le problème foncier ici », affirme un représentant du collectif des propriétaires terriens. Selon lui, la situation risque d’embraser tout le village si aucune action rapide n’est entreprise.

Aujourd’hui, les populations d’Akrou réclament justice, le respect des décisions judiciaires, et surtout la fin d’un système qui, à leurs yeux, ne protège plus les véritables propriétaires terriens mais favorise plutôt des intérêts privés opaques. Une affaire à suivre de très près.
JEN

#Litige foncier à Akrou Jacqueville#Ministère construction