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Racket dans les écoles : situation entretenue par le ministère de l’éducation nationale

Un livre non au programme mais exigé au enfants (Photo; artici.info)
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Abidjan le 18 Octobre 2022 – On ne cessera de le dire. L’école ivoirienne va mal, très mal. Ses maux sont pourtant connus après un diagnostic qu’on a appelé ‘‘états généraux de l’éducation’’. Ses conclusions sont sur la table du premier ministre, Patrick Achi, chef du gouvernement.

En attendant sa mise en œuvre, c’est le ‘’bordel’’ ! Qui s’est installé dans cette famille de l’éducation nationale. Chacun fait ce qu’il veut. Des établissements scolaires sont devenus des librairies sans en avoir l’autorisation d’exercer. Le personnel d’encadrement, devenu apporteur d’affaire, détient une arme de dissuasion : le stylo à bille rouge.

Dans un racket déguisé à forte odeur de corruption, on décide et on impose aux apprenants des manuels scolaires. Qui sont bien souvent des fascicules dont ils n’en sont souvent pas eux-mêmes auteurs. Des documents dont la production contourne, non seulement, la loi sur droit de la propriété intellectuelle mais aussi la fiscalité ivoirienne. Aucun impôt n’est perçu avec les promoteurs dont les labos de production sont gardés au secret. Ces manuels ‘‘maison’’ sont, selon les professeurs, la clé qui ouvre la porte de la classe supérieure.

Le stylo rouge

« Celui qui ne paie pas ce document, aura zéro aux différentes interrogations et devoirs », m’explique mon fils très apeuré. « Papa tu me donnes l’argent quand pour mon livre d’anglais, de physique », s’est-il empressé d’ajouter.

« Demande à ton professeur de m’envoyer le nom du livre et la collection. J’irai moi-même chercher ça à la librairie », lui-ai-je répondu. « Non papa, il dit qu’on ne trouve pas ça à la librairie. C’est avec lui qu’on peut trouver ce livre », me rétorque-t-il.

Voilà qui est dit ! Le lendemain à l’école, le professeur de cet établissement semi-privé, proche de mon lieu de résidence et dans lequel j’ai souhaité l’affectation de mon fils en 6ème, n’a pas hésité un seul instant à me l’avouer. « Ce document a été validé par notre conseiller d’éducation. Le stock se trouve avec lui. Et c’est lui, qui vient nous le livrer », explique-t-il.

Pour moi, il n’est pas question de ‘‘rentrer dans ce contexte’’, comme on le dit à Yopougon. Je décide d’aller chercher les livres de mes enfants à la librairie. Et en réponse à mon ‘‘refus d’obtempérer’’, le professeur fait savoir à mes enfants que ce ne sont pas les livres qu’il a choisis pour ses cours. Ce qui veut bien dire que je viens de gaspiller de l’argent en ces temps difficiles.

Pourtant le jeudi 13 octobre dans ce sms, je m’adressais au ministère de l’éducation par voie électronique à l’effet de me mettre à disposition la liste des manuels scolaires au programme de l’année 2022.

Voici le contenu : « Bonjour cher frère EFFOUE, je voudrais, avec votre permission, avoir la liste des manuels scolaires au programme pour l’année scolaire 2022-2023, surtout dans le secondaire. Également savoir si ces manuels sont les mêmes que ceux utilisés dans les établissements semi-privé. Merci pour l’attention que vous accordez à ma préoccupation. » Ce message WhatsApp resté sans suite, un autre message dont voici le contenu également a été envoyé dès 6h 28 minutes. « Bonjour cher frère, Jeudi dernier, je vous demandais la liste des ouvrages scolaires au programme cette année (2022-2023).

Ce livre préféré à….

Jusque-là, aucune réponse. Je viens d’acheter ces documents déjà chers à la librairie en ces temps difficiles. Et mes enfants me font savoir que leurs enseignants disent que ce n’est pas la collection qu’il VEUT. Et là je note que je viens de gaspiller de l’argent sans pouvoir satisfaire le besoin nécessaire pour l’éducation de mes enfants.

Alors pourquoi cette liberté ‘‘liberticide’’ dans ce département ministériel où chacun a le DROIT de faire ce qu’il veut ?

Pourquoi ne pas proposer un document unique sur trois ou quatre ans avant d’envisager un autre si cela répond vraiment à une nécessité ?

On note un véritable désordre dans les établissements scolaires, surtout semi-privé. Un véritable business s’est installé avec cette possibilité offerte aux enseignants. Qui, pour vous décourager, n’hésitent pas à dire que le document acheté n’est pas le bon, celui qu’il a demandé de sorte à lui remettre l’argent pour ne plus que tu commettes une seconde erreur.

A quand la fin de ce DÉSORDRE dans ce ministère ?

Au regard de ce refus de renseigner, il est clair que le ministère a fait le choix de rajouter aux souffrances des parents d’élève. Ou du moins, profite des dividendes de toute la chaine du business mise en place.

Les documents sont proposés aux enseignants à un prix sur lequel, ils ont une marge de manœuvre d’ajustement pour en tirer, à leur tour, un profit.

De la responsabilité de Mariatou

En effet, les décisions du ministère de l’éducation nationale auquel incombe la politique d’orientation de l’école, sont vite rangées dans les tiroirs des acteurs de certains établissements. En laissant libre cours aux personnels d’encadrement de proposer un manuel scolaire, fut-il au programme, c’est leurs remettre le couteau pour l’enfoncer dans la plaie des parents d’élèves déjà ouverte par le coût de la vie chère.

Pour cette rentrée des classes 2022-2023, les manuels scolaires au programme sont connus. Et, comme il est devenu de tradition dans la maison de Mariatou, la possibilité est donnée à chaque enseignant. Qui a le choix entre 3 manuels scolaires mis au programme par le ministère de l’éducation nationale chaque année. Le stylo à bille rouge entre les mains. Il ne reste qu’appuyer sur la gâchette. Pour ne pas prendre de ‘‘balle’’ qu’elle soit perdue ou non, il faut des billets de banques.

cet autre livre de géographie (photo, artici.info)

 

Cette option ouvre la voie au ‘‘bordel’’, à l’origine de la diarrhée financière dont souffrent les parents d’élève. Contrairement à ce qui est souvent avancé pour rendre responsables les parents d’élèves qui ne seraient pas assez prévoyant du fait qu’ils ont tout un trimestre (les vacances scolaires) pour préparer la rentrée des classes prochaines de leurs enfants, cette option ne favorise pas une bonne planification de la rentrée scolaire. Le parent d’élève est-il un devin pour savoir d’avance le manuel scolaire qui serait sollicité par le ‘‘TOUT PUISSANT’’ professeur qui dispensera les cours à un élève ?

Dans les établissements scolaires, notamment semi-privé, en plus des frais annexes instaurés pour rançonner en toute légalité par la direction, la passe est faite aux enseignants qui, à leur tour, n’ayant qu’à l’esprit, racketter les parents d’élève pour arrondir leur fin de mois, mettent à disposition des manuels scolaires rendus obligatoire par le stylo rouge.

Une situation qui prospère partout, parce que le ministère de l’éducation nationale produit plusieurs manuels dans la même discipline et donne la possibilité de choix aux professeurs alors que le programme scolaire exécuté est le même sur l’ensemble du territoire national, concourt au désordre et à la souffrance des parents d’élève.

JEN

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