Interview/Transformation des produits tropicaux : le lauréat du prix national d’excellence 1999 en Cote d’Ivoire, parle et explique tout

Abidjan le 25 septembre 2022 – Le promoteur de ‘‘Cajou d’or’’, l’enseignant agroalimentaire, le professeur Atta et son épouse expliquent, dans cet entretien, le chemin parcouru pour mettre sur le marché, cette boisson obtenue dans la transformation de la pomme de cajou et qui compte aujourd’hui parmi les marques de boissons dans les brasseries. Entretien…


Bonjour monsieur, vous manifestez un grand amour dans la transformation des fruits tropicaux en jus, notamment celui de la pomme de cajou en boisson. Peut-on savoir comment vous y êtes arrivé ?

Merci bien. Je suis monsieur Atta. Je suis enseignant agroalimentaire. J’ai enseigné au lycée professionnel d’Odienné pendant dix-huit neuf ans. Il faut reconnaître que mon amour pour ce projet remonte à quatre-vingt-treize. Nous étions jeune enseignant dans ce secteur. Pour nous, il fallait donc relever le défi de la transformation des fruits tropicaux. Nous avons déjà trouvé que le terrain était très vierge. L’anacarde pourrissait sous les anacardiers, les mangues aussi. Les produits tropicaux pourrissaient pratiquement sous les arbres. Il fallait rentabiliser et valoriser ces produits c’est ainsi nous avons commencé à tout transformer. Entre autres, l’anacarde, la mangue, la papaye etc. Je me suis intéressé à ce fruit (l’anacarde, Ndlr) parce que mes parents étaient tous paysans. Ils ont de grandes plantations d’anacarde. Le premier produit que j’ai mis sur pied est le vin d’anacarde.

Comment ce vin se fait-il ?

Il se fait comme le vin. D’abord le terme vin est un emprunt parce que ce terme vient de la vigne. Nous avons fait ce produit qui tire sur le vin, c’est un produit alcoolisé.  Ce vin est très prisé et on l’a même présenté pendant les concours nationaux et nous avons été primés. J’ai un prix national d’excellence pour ce produit en 1999. Prix de la meilleure initiative, Prix du meilleur professeur de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Depuis ce temps, nous sommes restés en phase avec la transformation de ce produit. Nous avons fait des jus, des liqueurs, le vin et les produits séchés de ce produit, du sirop, de la confiture. On a pu valoriser ce produit dans sa totalité.

Vous avez cherché et trouvé. Mais pourquoi ces produits ne sont-ils pas vulgarisés dans les grandes surfaces ?

Bonne question. Vous voyez, lorsqu’on parle de professeur du secondaire, c’est quelqu’un qui n’a pas de gros moyens. Donc lorsqu’on parle de recherche, ce sont les universitaires qui sont tout de suite vus. Ce que nous faisons n’est pas beaucoup vu par les autorités. Il faut reconnaitre qu’il y avait des autorités qui avaient commencé à s’intéresser à nous. Entre autres le ministre Zakpa. Lorsqu’il a vu le produit, il a été très heureux. Il avait voulu que l’Etat s’intéresse à nous pour mettre sur pied une unité de transformation. Mais vous savez que les gouvernements se succèdent.

Les autres gouvernants n’ont pas pris cette affaire au sérieux. Et en 2002, il y a eu la guerre. Tout ce que nous avons fait est tombé à l’eau. Il fallait donc se chercher. Nous n’étions donc plus en phase avec la transformation de ce produit. Mais nous sommes toujours restés dans la droite ligne. En son temps, c’était l’inter-cajou qui était un système de régulation entre le ministère et le paysan. Quand ils sont arrivés, ils ont voulu faire la transformation de ce produit primaire. C’est nous qu’ils sont venus voir. On a eu à travailler avec eux. Je suis allé même être administrateur dans ce groupe. Mais avec les querelles de 2002 à 2010, les choses n’ont pas véritablement décollé et les choses sont restées dans les oubliettes.

A vous entendre, on note qu’il y a un manque de partenariat pour vous aider afin de promouvoir ce produit. Vous y pensez ?

C’est nous qui devrions propulser ce milieu. Donc le gouvernement nous avait copté pour former des coopératives de transformation de ce produit.  Nous avons formé 10 coopératives à la transformation de pomme de cajou en jus, vin, alcool pour que les paysans soient maitres de la transformation de leurs produits. Nous ne pouvons pas faire de la formation sans toutefois penser à nous-mêmes.

A ce stade, peut-on dire que l’objectif de la formation n’a pas été atteint ?

L’objectif de la formation a été atteint puisque le cahier de charge que l’Etat nous a donné est allé jusqu’à son terme. Mais il fallait que nous prenions en main cette affaire. On ne peut pas laisser l’affaire aux mains des autres. J’ai aussi former une autre coopérative qui me permettait de lancer grandement ce produit.

Etes-vous satisfaits aujourd’hui du travail que vous avez abattu ?

Oui, nous sommes satisfaits. Mais c’est en partie puisque nous n’avons pas encore fini de parfaire le produit comme nous l’aurions voulu. Mais nous avons déjà mis sur pied une petite unité de transformation qui suis son petit bonhomme de chemin. Nous sommes aujourd’hui à l’étape semi industriel parce que nous avons pu acquérir quelques appareils qui nous permettent de produire en grande quantité. Mais nous n’avons pas encore atteint l’étape commerciale parce que la production annuelle ne nous permet pas d’aller dans les grandes surfaces.

Quel est le volume attendu alors ?

Nous avons rencontré Prosuma. Ils nous ont dit que si le produit est bon, il ne doit pas avoir de rupture dans l’année. S’il y a rupture, les gens n’auront plus confiance en nous. Et si vous ne faites pas attention dans ce cas, les gens risquent de voler votre brevet d’invention.

Avez-vous déjà votre brevet d’invention ?

Nous sommes en train de travailler dessus. Nous sommes avancés sur le dossier. Vous savez, le fonctionnaire, il a beaucoup à faire. Raison pour laquelle certaines choses trainent. Mais, il n’y a pas que cela. J’ai mon propre laboratoire qui me prend assez de temps et c’est le peu de temps qui me permet d’aller sur le terrain pour faire la transformation. Il y a une équipe là-bas que je suis de très près. Nous arrivons à écouler tout ce que nous produisons avant la prochaine campagne. Vous voyez que c’est un peu complexe pour nous d’aller dans les grandes surfaces. Nous écoulons ce que nous produisons sans faire de publicité. Chaque année, nous augmentons notre production. D’ici peu, vous trouverez ces produits dans le commerce.

Quand avez-vous commencé la production ?

Nous avons commencé, il y a quatre ans de cela.

Y-at-il une publicité en vue pour faine connaitre vos produits ?

Bien sûre. Si je m’ouvre déjà aux journalistes, c’est que je veux qu’on en parle. Je veux que des gens m’aident aussi à faire la publicité de ce produit. C’est comme cela que nous pouvons arriver.

Nous voyons aussi ces noix sèches dans des surfaces. Avez-vous une marque spéciale pour les vôtres ?

Oui, nous avons une marque. La noix est tombée dans le domaine publique. Tout le monde fait de la transformation. Mais il faut toujours la parfaire. Notre société est ‘‘savant Or’’ et notre marque est ‘‘cajou or’’.

Dans l’avenir quelle capacité de production voulez-vous atteindre ?

Nous sommes déjà avec la filière de l’anacarde. C’est l’un de nos grands architectes. Ils savent que nous existons. Nous avons demandé de l’aide pour que notre coopérative puisse avoir la subvention de l’Etat. Mais depuis 4 ans jusqu’à, c’est lorsqu’ils ont besoin de ce produit, qu’ils nous appellent. C’est dire que nous ne sommes même pas dans leur sillage. Cela a toujours été ainsi. Sinon depuis 1993 à aujourd’hui, nous avons fait du chemin. Nous avons commencé avant les béninois. Ils nous ont dépassé. Et avec les brésiliens, nous étions avancés qu’eux, mais aujourd’hui, ce produit est plus valorisé au Brésil qu’en Côte d’Ivoire. Ici, tant qu’on n’a pas d’intérêt direct avec quelque chose, on ne s’intéresse pas à cela.

On a côtoyé certains ministères mais quand ils voient que vous avez une forte ambition, les gens font tout pour vous casser, pour ne pas que vous émergiez. Raison pour laquelle nous sommes en train de faire notre petit bonhomme de chemin sans publicité. Et le jour où on aura un grand preneur, c’est en ce moment-là que nous allons commencer à faire la pub. Parce que si nous la commençons maintenant alors qu’on n’a pas une grande capacité de production, sans moyens aussi, comprenez qu’on va nous étouffer rapidement. C’est pourquoi nous n’avons pas encore fait la publicité. C’est de bouche à oreille. C’est quand on aura une unité de production de grande envergure, une grande unité industrielle comme la Solibra pour absorber tout le produit ivoirien que nous ferons la pub. C’est cela notre objectif.

Vous vous donnez combien de temps pour réaliser cet idéal ?

Actuellement, ce sont les partenaires que nous recherchons. Raison pour laquelle nous allons à toutes les expositions dans l’intention d’avoir des gens qui vont être intéressés par ce projet et venir avec de l’argent pour y investir.

Y-t-il des aspects de votre secteur sur lesquels vous voulez revenir ?

Bien sûr, l’anacarde n’est qu’une infime partie. Effectivement l’objectif d’un agroalimentaire est de parvenir à mettre sur pied une unité de transformation de très grande envergure. Mais étant donné que nous n’avons pas de moyens, nous avons démarré une partie de l’agroalimentaire en mettant sur pied un laboratoire de contrôle qualité. C’est ce laboratoire qui soutient l’action ‘‘Savant d’Or’’. Ce laboratoire a ses lettres de noblesses. Il est accrédité. C’est ce qui fait que ce laboratoire est connu avec les normes internationales. Ce laboratoire est reconnu au plan national et international.

Où ce laboratoire est-il situé et qu’est-ce qui motive le choix du lieu ?

Le choix s’imposait à là où nous étions installés. L’Ivoirien n’a pas d’argent donc on ne pouvait pas dire qu’on va aller occuper un grand espace. On ne pouvait pas aller en zone industrielle. Notre siège est à Angré. Là-bas, ce n’est pas de l’amusement, c’est un très grand laboratoire.

Comment se fait l’approvisionnement en matière première ?

Réponse de Madame Atta : « la coopérative sert de main d’œuvre »

L’approvisionnement se fait par les membres de la coopérative. Chaque femme de la coopérative ou son époux a un champ. Pour le moment nous servons de main d’œuvre. Si nous allons dans un champ, nous collectons toutes les bonnes pommes, nous donnons les noix au paysans et récupérons les pommes. Pour l’heures nous ne payons pas de pommes, nous servons de main d’œuvre puisque les paysans ont besoin de manœuvres pour cueillir les noix et jeter les pommes. Mais ce sont les pommes qui nous intéresse. Nous prenons donc les pommes et leur donnons les noix. Du coup les gens font les listes pour qu’on aille dans leurs champs puisque nous servons de main d’œuvre. Je vous assure que pour l’heure, nous n’avons pas encore fait la moitié des champs de notre village à plus forte raison toute la Côte d’Ivoire. Notre intention de faire en sorte que nous ayons une grande usine de production pour absorber toutes les pommes de la Côte d’Ivoire au lieu qu’elles pourrissent sous les arbres. Et c’est une plus-value pour les paysans. C’est pour les femmes qu’on voulait faire cela puisque les noix sont pour les hommes. Je vous pour chaque production lorsque nous finissons, nous donnons quelque chose à la coopérative et c’est en fonction de ce que nous donnons que les femmes scolarisent leurs enfants à partir de prêts. Mais c’est leur argent, elles remboursent un peu un peu sans intérêt et cela les motive à venir à la coopérative.

Interview réalisée par JEN et Sylvain Beugré

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