Côte d’Ivoire – pension de revalorisation des militaires : Des centaines de millions de FCFA sortent des caisses de la CGRAE pour des destinations inconnues

Ils sont plus de 6000 militaires et agents des forces de l’ordre concernés par le décret du Général Guéi Robert pris le en 2000 pour la revalorisation des pensions de retraites des agents des forces de l’ordre. Cette mesure qui donne droit à une pension de revalorisation retraite aux militaires et agents des forces de l’ordre partis à la retraite sur la période 2000 à 2007, très peu parmi les concernés l’ont obtenu. D’autres courent toujours derrière ce dû mais en vain. Certains même ignorent son existence. Pourtant l’Etat de Côte d’Ivoire a décaissé 22 Milliards FCFA pour son règlement total.

Sur les 6000 personnes concernées par la mesure, seulement 12 personnes ne sont pas encore passées à la caisse, affirme l’inspecteur en chef Emile ZEDI de la Caisse Générale de Retraite des Agents de l’Etat (CGRAE) qui précise que 4000 personnes ont droit à cette pension de revalorisation. « Après avoir reçu votre courrier et la liste des cas soumis par vous, nous avons procédé systématiquement à un contrôle. Au terme de ce contrôle, nous avons constaté qu’effectivement 12 personnes n’ont pas encore perçu leur argent », a-t-il reconnu avant de rappeler que l’institution est prête à payer à ces ayants droit ce qui est prévu pour eux. « Nous vous demandons de leur dire de passer voir nos services afin de rentrer en possession de leur dû », a-t-il déclaré.

Selon lui, la direction générale, la CGRAE n’a fait que suspendre en 2012 le paiement après avoir constaté un certain nombre de dysfonctionnement dans le règlement qui favorisait la fraude. « On avait constaté que des gens venaient se faire payer plusieurs fois parce que nous n’avions pas un service informatisé », a expliqué monsieur ZEDI sans toutefois préciser que l’institution a repris cette prestation au profit des bénéficiaires.

Pour appuyer ses affirmations, il joint, séance tenante, au téléphone deux cas de ceux qui réclament cette pension qu’il reconnait sur la liste que nous détenons. Ce dernier passe aux aveux. « J’ai déjà touché mon argent, c’est mon frère qui m’a dit qu’il allait m’inscrire et je lui ai dit que je ne suis pas intéressé. Il ne m’a pas écouté », a avoué son interlocuteur au bout du fil. « Moi, je n’ai jamais perçu un centime de la CGRAE », affirme la veuve Cissé née Touré dont copie du chèque émis  qui se trouve dans les archives de l’institution nous a été présentée.

Mais à notre souci de transparence d’avoir copie de ce document à l’effet de comparer la conformité des signatures des décharges et du retrait effectué à la banque, il nous a été, malheureusement, opposé un refus catégorique de l’institution. « Ce sont des documents propres à l’institution que nous ne saurons remettre à une personne extérieure », a répondu monsieur Ouattara Mamadou, un collaborateur de l’inspecteur en chef.   

Fax simulé du courrier

Comme cette veuve dont le chèque de 28 millions de FCFA a disparu entre deux services, plusieurs personnes affirment n’avoir jamais perçu de l’institution un seul centime de cette pension de revalorisation. Et pourtant dans les archives, les traces (signatures) prouvent le contraire. Des centaines de millions de FCFA ont été décaissés par la CGRAE mais pour quelles destinations ? Peut-être pour des non-ayant droit qui, certainement, connaissant bien le fonctionnement de l’institution ont pu par une alchimie émis 3988 sur les 4000 bénéficiaires reconnus officiellement par la direction.

Et pourtant, le MDL Ya Alphonse et l’officier de police Atta Boua ne figurant pas sur la liste des 12 personnes continuaient de réclamer leur dû pour leurs soins médicaux sans y parvenir avant de rendre l’âme. Comme eux plusieurs anonymes souffrent toujours alors qu’ils ont de l’argent bloqué ou pompé par des vautours tapis dans l’ombre de la CGRAE.

Quelles destinations prennent alors les chèques émis ?

Soutenant la thèse de fraude organisée par certains bénéficiaires, la direction générale de la CGRAE, selon les affirmations de son inspection générale a décidé unilatéralement de la suspension les paiements de la pension jusqu’à la mise en place d’un système de sécurisation de l’opération. Mais 7 ans après, toujours pas de solution puisque l’opération suspendue n’a pas encore repris. Chose curieuse des chèques sont toujours émis mais à d’étranges personnes.

Plus de 2000 personnes avouent n’avoir pas perçu un seul centime et pourtant l’administration de l’institution affirme le contraire. Elle ne reste devoir qu’à seulement à 12 personnes affirme-t-elle.

Pour tirer tout au clair, nous avons, dans un courrier en date du 18 octobre 2019, avec ampliation à la CAIDP, demandé un état des paiements, surtout copie du chèque émis à l’ordre de la veuve Cissé à l’effet de vérifier l’exactitude des affirmations de l’institution. Jusqu’à ce jour de la mise sous presse, ni l’institution, ni la CAIDP n’ont réagi là où deux semaines seulement suffisent pour recevoir une suite à la demande.

Et l’institution, sans être inquiétée, continue de pomper les sous à ses ‘‘clients’’ qui meurent à petit feu alors qu’il leur suffit simplement de rentrer en possession de leur dû pour se prendre en charge au moment où ils sont plus vulnérables aux maladies.

Les associations des retraités militaires quant à elles se mobilisent pour se faire entendre sur le sujet.

Jules Eugène N’DA           

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