Côte d’Ivoire / Koné Zobilla (S.G du PCCI) : « La CEI n’est pas faite pour organiser des élections dans de bonnes conditions »

Créé en 2017, le Parti communiste de Côte d’Ivoire a trois (03) ans. Dans cette interview, le premier Secrétaire général, Koné Zobilla fait un tour d’horizon sur l’actualité nationale et international. Il parle également du bilan partiel de son parti, de l’élection présidentielle d’octobre 2020…

Monsieur le secrétaire général du Parti Communiste de Côte d’Ivoire, comment se porte aujourd’hui votre parti ?

Ce parti se porte bien, très bien même. C’est vrai que le PCCI est créé il n’y pas très longtemps, à peine 3 ans. Mais vu l’accueil qui nous a été réservé par le Peuple ivoirien, Nous sommes confortés dans le choix que nous avons fait. Donc le parti se porte bien.

Quel regard jetez-vous sur la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire, en tant qu’acteur politique ?

Avant de dire quelque chose sur la situation sociopolitique actuelle, je voudrais rappeler brièvement d’où nous venons et qu’est-ce qui a motivé notre la création du PCCI. Le Parti communiste de Côte d’Ivoire a été créé le 20 août 2017. L’objet, c’est que ce parti entend participer à l’animation de la vie politique du pays, à contribuer à la démocratisation de la Côte d’Ivoire et à prendre le pouvoir et l’exercer. Voici résumer succinctement ce que veut ce parti. Maintenant la vie politique actuelle est mouvante. Mais nous réfléchissons, nous agissons aussi.

Nous sommes en année électorale, et le PCCI qui veut lutter contre l’impérialisme occidental va-t-il déposer une candidature ?

Nous n’avons pas l’intention de présenter une candidature.

Pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons. D’abord, fondamentalement, cette élection se passe dans ce qu’on appelle, le pacte colonial. Parce quand on dit qu’on lutte contre l’impérialisme occidental, l’analyse remonte de loin. Nous avons été colonisés et nous avons été décolonisés mais mal décolonisés. Si bien qu’aujourd’hui, tout ce que nous faisons se passe dans ce cadre-là où il y a un partage de rôle. Nous avons les rôles subalternes. Nous nous battons pour que nous ayons les leviers de notre destinée. Ce qui n’est pas encore fait. Nous voyons un peu les conditions de l’élection présidentielle prochaine. Quand il n’y a pas de démocratie, un Etat de droit, on le voit, c’est devenu une affaire de gros sou. On parle de 50 millions plus le parrainage.

Vous parlez de pacte colonial qui existe encore. Si vous n’allez pas à cette élection pour espérer prendre le pouvoir. Comment ce pacte peut-il être brisé ?

« Nous menons un combat de conscientisation »

Non, la sortie du pacte, ce n’est pas forcément à travers l’élection présidentielle. Ça peut y contribuer. Dans notre cheminement, nous avons programmé notre participation à des élections y compris à des élections présidentielles. Mais il y a des conditions qui doivent être réunies. Et c’est pourquoi nous nous battons. Parce que des élections dont les conditions peuvent changer à tout moment, ces élections ne pourront jamais permettre de briser le pacte colonial. Des élections dont le vainqueur peut être choisi par  la puissance dominatrice ne peuvent pas permettre de briser le pacte colonial. Ça veut dire que le combat que nous menons est un combat de conscientisation. Il se mène à travers toutes les élections mais aussi en dehors des élections. C’est-à-dire que les élections, c’est tous les cinq (5) ans. Mais dans l’intervalle, il ne faut pas qu’on donne l’impression que c’est seulement au moment de l’année électorale qu’il doit avoir de l’agitation. Parce que l’agitation est permanente. Pour briser le pacte colonial, nous disons qu’il faut l’instruction de toute la population y compris dans les langues nationales, développer la recherche scientifique et technique à travers une académie des Sciences, des arts et techniques. Parce que si un peuple n’est pas alphabétisé, c’est difficile que ce peuple puisse se prendre en charge. Hors la sortie du pacte colonial nécessite que le Peuple soit conscient de sa force. Aujourd’hui quand vous demandez à quelqu’un de mener le combat contre l’impérialisme, il vous dit que les blancs sont trop forts, on ne peut rien contre eux. Cela veut dire qu’il faut abandonner. Cela signifie pour nous qu’il y a quelque chose qui nous manque. Les blancs sont forts ; c’est vrai qu’ils se sont imposés à nous à un moment donné. Mais ce n’est pas la seule fois dans l’histoire de l’humanité que des peuples ont été vaincus. Mais après ces mêmes peuples ont été vainqueurs. Sur d’autres continents, il y a des peuples qui ont été vaincus. Mais après, ils ont été vainqueurs. Même le Peuple français a été vaincu par Jules César. Leur chef de guerre a été fait prisonnier et il est mort à Rome. Mais après ça, ils ne se sont pas arrêtés là pour dire que les Italiens sont trop forts et qu’il faut les laisser. Nous expliquons patiemment, à travers ce que nous écrivons, à travers ce que nous posons comme acte, que nous avons la capacité, que nous avons un génie ivoirien qui existe. Notre génie propre nous permettra de trouver notre voie. Voilà comment nous posons les problèmes. Donc l’élection qui arrive, on a déjà décidé qu’on ne présentera pas de candidat. On n’a pas encore dire si on pourra soutenir un candidat. On a encore le temps pour aviser tout ça.

Trois (03) ans après votre création quel bilan vous faites de votre mission ?

Trois (03) après, on a quand même des acquis. D’abord le parti existe et il est soutenu dans un certain nombre d’endroits. Parce que pour influencer la vie d’une nation, il faut s’incruster dans cette nation-là. Et le travail que nous avons fait en trois ans nous a permis d’être présents dans les secteurs que nous avions identifiés. Notre message a été accepté. Et nous travaillons donc pour contribuer à faire en sorte que l’ensemble du Peuple ivoirien adhère à notre message. Nous ne voudrons pas rester seulement dans la théorie, mais être des gens pratiques. Quand nous allons dire aux Ivoiriens, faisons ceci, il faut que les Ivoiriens se sentent concernés. C’est dans ce sens que nous sommes aujourd’hui. Trois ans ce n’est pas beaucoup, mais pour quelqu’un qui ne dort pas, cela représente une durée sur laquelle on peut avoir une base au moins sur laquelle partir. Cette base, je pense que nous l’avons déjà posée dans les différents secteurs de la vie socioéconomique.

Croyez-vous que face au capitalisme, le communisme a encore droit de cité en Afrique ?

« Aujourd’hui, le capitalisme se débat et prend de l’eau de toute part »

Mais bien sûr ! C’est vrai que la présentation que les gens font du communisme est tellement caricaturale qu’on a l’impression souvent qu’ils le rejettent. Mais les valeurs d’humanisme que véhicule le communisme sont acceptées. Parce que quelqu’un qui travaille et qui n’a pas le fruit de son travail, tels que nos paysans qui produisent du café et du cacao et qui sont complètement perdus dans les circuits du commerce mondial, tous ceux-là vont adhérer nécessairement à notre message. Au niveau mondial, c’est vrai qu’il y a une campagne terrible qui est faite, mais l’actualité mondiale même montre aujourd’hui que le capitalisme se débat et prend de l’eau de toute part. Mais il y a des pays qui disent que le communisme est mort, après ce sont les mêmes qui disent que le communisme vit, attention, il faut être vigilant. Cela veut dire que le Communisme a encore toute sa force. Sa force d’attrait sur les gens, malgré la campagne qui est faite contre cette idéologie ou contre ce système. Malgré cela, nous n’avons pas encore rencontré d’obstacle frontal dans la société ivoirienne où les gens nous diraient que ce que vous racontez sont des histoires. Au contraire, c’est nous qui les redressons souvent. Il y en a même qui nous disent que l’Africain est né communiste. Bon c’est une réaction. Mais on essaie de leur dire ce qu’est le communisme. C’est d’abord une idéologie, bien sûr, comme toutes les autres idéologies, mais c’est une manière de gérer la société, une manière de lutter contre la corruption. Parce qu’un des obstacles les plus importants de notre développement, c’est cette corruption-là. Parce que la corruption, comme le disent ceux qui gèrent la Finance internationale, c’est comme des fuites. Un circuit que l’argent doit prendre avec des fuites partout. Et ce qui arrive à destination est riquiqui. C’est à ça que nous assistons.

Vous n’irez pas à l’élection présidentielle 2020 mais que pensez-vous de l’actuelle Commission électorale indépendante (CEI) ?

« La CEI n’est pas faite pour organiser des élections dans de bonnes conditions »

Cette CEI n’est pas faite pour organiser des élections dans de bonnes conditions. Mais nous ne participons pas aux débats que créent souvent les forums à discuter des conditions d’organisation des élections.

On ne vous invite pas ?

Non ! Ils ont leur liste là-bas. Ils savent qui, ils invitent.

En tant que parti politique qui existe légalement, vous ne revendiquez pas ce droit ?

« Nous nous battons pour que le Peuple comprenne ce qu’est l’Etat de droit »

S’il y a la participation de toutes les institutions, nous revendiquons. Mais si ceux qui sont au pouvoir ont fixé leurs conditions ? Une fois, il avait une réunion à la Primature avec les partis d’opposition. Nous sommes partis, puisqu’il s’agit des partis de l’opposition. Or, il avait une liste. Si tu n’es pas sur cette liste, on ne te laisse pas passer. Donc pour l’opinion nationale, on fait croire que c’est ouvert, alors que ça ne l’est pas. Ce qui fait que nous disons que ce sont des structures qui ont été mises en place pour maintenir une situation de fait. L’Etat des droits est à conquérir chez nous. Tant qu’il n’y a pas d’Etat de droit, les gens font ce qu’ils veulent. Ils font des lois pour la forme. Ou bien ils font des lois pour les plus faibles. Parce qu’eux-mêmes s’en passent royalement. Ils n’en tiennent pas compte. Nous nous battons pour que le Peuple comprenne ce que c’est que l’Etat de droit. Parce que chez nous, on pense que tout ce qui est fait dans le pays procède de la volonté d’un individu. Du président de la République, du premier ministre et autres. Mêmes les impôts que nous payons, on dirait que beaucoup de gens n’ont pas compris que c’est ça qui développe le pays. La moindre réalisation est attribuée à quelqu’un comme si c’est l’argent de la poche du président, du premier ministre ou d’un ministre. Tant que les gens n’ont pas dépassé légèrement cette conception, ce sera difficile de parler d’Etat de droit. Le débat qui a cours actuellement, sur la candidature du président Ouattara,  bon, le président n’a pas encore tranché.

Quel débat ?

« La Constitution est formelle si oui ou non Ouattara peut être candidat »

Sera-t-il oui ou non candidat ? La Constitution est formelle déçu. Si on est dans un Etat de droit, on se plie à la loi. Mais d’après les fuites et les rumeurs qu’on a, je ne sais pas si cela va être confirmé, mais c’est comme si cela ne dit rien à beaucoup de gens. Pour eux, la Constitution est là et on peut faire autre chose. Donc la Constitution n’est rien. On a gaspillé de l’argent de l’Etat pour rien pour faire cette Constitution et après on ne la respecte pas.

Mais si cela est fait n’est pas parce qu’en face il n’y a pas de réaction pour dire que le pays n’est pas fait pour un groupuscule d’individus ?

« A notre connaissance l’opposition ivoirienne n’est pas bien organisée »

Oui. Il y a cet aspect aussi. Enfin, pour le moment, à notre connaissance, l’opposition n’est pas bien organisée.

Comment cette opposition doit être organisée ?

L’opposition s’organise autour d’un programme. Mais jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de programme rassembleur qui puisse faire en sorte que les différents groupes politiques se retrouvent pour dire qu’on change dans tel sens par la stratégie bien définie, les tactiques également.

Il y a le président Bédié qui a créé la Crdp, une plate-forme idéologique pour réunir cette opposition et la société civile. N’est-ce pas un début de solution qu’il faut accompagner ?

Notre compréhension, c’est que lorsqu’on mène des luttes ensemble, pour des groupements politiques, il faut qu’on sache qu’est-ce qu’on veut ? Parce qu’il ne s’agit pas seulement de dire qu’on met en panne le pouvoir qui est là. Mais qu’est-ce qu’on fait après ? Il faut qu’on en parle aussi. Parce que le combat est plus rude que celui que vous avez mené avant. Or jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de programme sur lequel on peut discuter. On peut ne pas être d’accord avec tout, mais on peut être d’accord avec l’essentiel et ajouter aussi son grain de sel. Mais là nous n’avons pas encore vu quelque chose.

Est-ce que déjà, vous avez été convié à la plateforme ? Est-ce que vous avez aussi  fait le pas parce qu’on a demandé à ceux qui sont intéressés de venir ? 

« …Notre parti n’a pas été créé pour être un club de soutien »

Non. Nous n’avons pas été conviés. Bon, cette manière aussi de faire en Côte d’Ivoire est quand même un peu difficile à comprendre. Parce que si quelqu’un prend l’initiative de réunir des groupes politiques, on ne peut pas inviter les gens comme ça, verbalement. Il faut dire venez on va discuter sur tel et tel points. C’est écrit. C’est vrai que nous sommes dans une société de l’oralité. Mais puisque nous aspirons au progrès, il faut changer un peu. Parce que par exemple, aujourd’hui, ce que je vais vous dire, si vous enregistrez, et si je dis le contraire un jour, vous pourrez me le rappeler. Or ce qui est dit verbalement, il parait que les paroles s’envolent, les écrits restent. On appelle pour aller mettre en place, une plateforme, il faut au moins que celui qui a commencé, qui a lancé l’idée, même si c’est en une demie-page, qu’on puisse voir les orientations par écrit. C’est autour de ces orientations qu’on peut discuter. Parce que notre parti n’a pas été créé pour être un club de soutien. Nous avons une réflexion sur la société ivoirienne. Et pour nous associer à quelqu’un, il faudrait qu’on confronte un peu pour voir si nous allons dans le même sens, de façon stratégique. Ainsi, on peut faire des pas ensemble. Ça n’a pas été le cas.

La Cours Africaine des droits de l’homme et des peuples a donné suite à la plainte contre le déséquilibre de la CEI. Le gouvernement a vu en cette réponse une victoire alors que l’opposition auteur de cette plainte dit le contraire. Comment appréhendez-vous cela ?

« En Côte d’Ivoire, on compte trop sur l’extérieur »

Pour me prononcer sur cette situation, je dirai, en tant qu’ivoirien, que pour faire quelque chose chez nous, on compte trop sur l’extérieur.

C’est quand même une Cour africaine et nous sommes africains ?

Oui c’est une cour africaine. Mais je ne vois pas les européens courir pour aller saisir la Cour européenne comme ça. C’est de façon individuelle qu’ils le font. Mais pour des questions politiques nationales, je n’ai jamais vu ça. Je n’ai jamais vu un Etat ou une opposition aller saisir la Cour européenne. 

Vous avez dit plus haut qu’au niveau de la Côte d’Ivoire, les gens font ce qu’ils veulent. Pour ne pas que les gens s’accaparent tout, on dit que c’est mieux d’aller voir à l’extérieur. N’est pas normal ?

C’est que ce n’est pas consistant. C’est ce que je reproche à cette démarche. On peut prendre à témoin. Mais il faut faire l’essentiel soi-même d’abord. Il faut faire la pression nécessaire, à l’intérieur. C’est en vertu de cette pression que l’extérieur peut jouer un certain rôle. Je dis un certain rôle. C’est des chefs d’Etat Africains qui ont mis ça en place. Donc pour débouter un chef d’Etat qui est parrain de telle structure, c’est difficile. A moins qu’à l’intérieur ce soit chaud. Or, nous sommes tous de l’opposition, mais je constate que nous n’avons pas encore suffisamment fait ce qui est de notre devoir afin que l’extérieur puisse dire, si on n’intervient pas, si on ne va aider les Ivoiriens, ce ne sera pas bon. On est en Afrique. On écoute quand même ce qui se passe autour de nous. La Cour africaine n’est pas là-bas. Parce que, quand on tombe dans le juridisme, j’appelle ce qui se passe du juridisme. Or la politique est avant le juridisme. La politique, c’est le rapport de forces. Si le rapport de force sur le terrain n’est pas amélioré en faveur de l’opposition, le juridisme ne peut pas prospérer. J’ai lu ce que la Commission a écrit. Par exemple nous sommes 4 dans cette salle. On peut lire et chacun peut interpréter à sa façon. C’est ça qui est le juridisme.

Donc à vous entendre, c’est une victoire pour le pouvoir ?

C’est difficile de dire que quelqu’un à une victoire. Quelle que soit ce que la Côte d’Ivoire va faire de cette décision, la Cour africaine ne pourra pas agir. Elle n’a pas un moyen d’intervention. Ils ont écrit, c’est fini. Même si un camp a raison dans ce qu’ils ont écrit, et que ce quand n’a pas le rapport de force qui lui permettra de faire valoir ces textes, ce sera lettre morte.

Que pense le PCCI de la démission du vice-président Duncan ?

Nous ne sommes pas dans le secret des dieux. Mais ça, ce sont les conflits d’intérêt individuel. Duncan a été vice-président, il était premier ministre. Nous ne savons pas exactement qu’est-ce qu’il attendait et qu’est-ce qu’il recherchait? Maintenant il démissionne. Il n’a pas dit non plus pourquoi il démissionne ?

Il a dit que c’était pour convenance personnelle ?

Convenance personnelle, ce n’est pas explicite. C’est une affaire de monsieur Duncan.

Le parti au pouvoir a perdu son candidat à la présidentielle qui aura lieu dans moins de 4 mois. Il s’agit de trouver un nouveau candidat. Et le chef de l’Etat, Alassane Ouattara pourrait se repositionner lui qui a décidé de donner le pouvoir à une nouvelle génération. Si jamais il le faisait. Quelle serait la réaction du PCCI ?

« La Candidature de Ouattara aura des précédents fâcheux qui nous suivent et nous suivront »

« Je ne suis pas d’accord si le Rhdp nous dit qu’il ne peut pas trouver un candidat pour remplacer Gon »

Pour le moment dans notre situation actuelle, on désapprouverait vigoureusement cela. Nous avons déjà écrit sur ce que nous pensons de l’application de nos lois et de la Constitution. Ce que je lis sur leur groupement, c’est qu’ils nous disent que c’est un groupement qui est fort. Il y a beaucoup de gens, beaucoup de cadres. Même si Amadou Gon est décédé, cela ne met pas fin à l’existence de leurs nombreux cadres. Mais s’ils prennent le risque, parce que j’appelle ça un risque, d’imposer, c’est-à-dire de passer outre la Constitution, pour faire ce qu’ils ont envie de faire, ce sont des précédents fâcheux, même si ces précédents n’ont pas d’influence immédiatement mais ça nous suit et ça nous suivra. Parce qu’un autre viendra dire un jour ; mais et les autres qui étaient là et qui ont fait autres choses que ce que dit la Constitution ? Donc personne ne respectera plus rien. C’est pourquoi je dis, même si le rapport de force est en ta faveur à un moment donné, il faut tenir compte de la perspective. Il faut tenir compte de l’avenir. Je ne suis pas d’accord si le Rhdp nous dit qu’il ne peut pas trouver un candidat pour remplacer Gon. Nous pensons qu’il n’y a pas d’homme indispensable. Comme dirait l’autre, les cimetières sont remplis d’hommes indispensables.

Si l’opposition décide de choisir un candidat commun. Décideriez-vous d’accompagner cette opposition ou décideriez-vous de rester dans votre coin comme vous l’avez dit plus haut ?

« Le PCCI ne peut pas accompagner quelqu’un simplement pour le plaisir de l’accompagner »

Non, on ne reste pas dans notre petit coin. C’est-à-dire que s’il y a un candidat de l’opposition, comme on l’a dit, nous ne présentons pas de candidat. Mais la possibilité reste ouverte pour qu’on puisse appeler les Ivoiriens à voter un candidat de notre choix qu’on aura choisi en fonction de son programme. Mais comme pour le moment on entend dire qu’il y a des gens qui veulent être candidat mais on ne sait pas encore c’est pour faire quoi ? Parce que la politique, ce n’est pas seulement accompagner quelqu’un ?  C’est pour savoir aussi que le chemin qu’on a choisi apporte quelque chose au Peuple ivoirien. Chez nous c’est ça. Mais on ne peut pas accompagner quelqu’un simplement pour le plaisir de l’accompagner. On verra s’il y a un opposant qui a un programme que nous allons étudier, sur lequel nous allons aussi poser des questions. Parce qu’avant de nous mettre avec quelqu’un, on a quand même quelques questions à lui poser. Sinon on n’aurait pas créé un parti. On va lui demander qu’est-ce qu’il compte faire ?

Au niveau de l’opposition, il y a déjà le président Bédié qui est candidat du Pdci-Rda. Au niveau du Fpi de Laurent Gbagbo, ils n’ont pas encore désigné de candidat. Alors parlant de l’opposition significative, est-ce que vous pourriez apporter votre soutien au président Bédié que certains qualifient d’être vieux ?

« L’âge du Candidat n’est pas important pour nous. C’est ce qu’il compte faire pour la Côte d’Ivoire »

« ….Il n’y a pas de liberté publique en Côte d’Ivoire »

Non ce n’est pas l’âge qui est le déterminant principal. Ce sont les idées. Ce que le candidat contre faire pour la Côte d’Ivoire. Même s’il est âgé, ce n’est pas ça le principal. Maintenant, ce que nous disons, c’est vrai que c’est un ancien président. Est-ce qu’il veut revenir pour faire exactement la même chose ou bien autre chose. Moi, je n’ai vu aucun document retraçant ce que le candidat Bédié veut faire. Donc il nous est difficile d’avoir une position. Si c’est pour faire la même chose que ce qui est au pouvoir actuellement, ça ne nous intéresse pas. Nous allons dire au Peuple ivoirien que cette élection ne vous concerne pas. Maintenant si les candidats mettent leurs programmes sur le marché, que nous étudions, nous avons quelques questions à poser. Pas pour changer le programme du président ou du candidat à la présidence, mais on peut avoir des préoccupations ponctuelles dedans. Comment vous voulez faire ça. Par exemple, par rapport aux libertés. Aujourd’hui, si vous avez constaté, il n’y a pas de liberté publique. Nous sommes 4 ici. Si nous fait quelque chose que nous allons nous plaindre, on va nous ramasser. Est-ce qu’on lutte pour changer cet état de fait pour que les Ivoiriens soient libres de dire ou de faire ce qu’ils pensent ? Ou bien c’est pour poursuivre la même chose ? Si c’est ça, ce n’est pas la peine. Nous allons continuer notre travail de conscientisation.

La CEI actuelle a introduit dans le processus électoral en Côte d’Ivoire la stratégie du parrainage. Que pense le PCCI de cette nouvelle trouvaille ?

« Le parrainage est un obstacle de plus pour les opposants »

C’est un obstacle de plus pour les opposants. Parce que le parrainage vient alourdir encore les frais de campagne. C’est là que ça commence. On a 31 régions même s’ils ont dit que ce sont des parrainages de 17 Régions. Il faut mettre en place tout le dispositif. C’est pour nuire encore aux opposants. Dans nos pays ceux qui sont au pouvoir ont les caisses de l’Etat. Ils sont assis dessus. Donc ils créent des dépenses pour bloquer les opposants, pour qu’ils ne soient pas à même de payer leur caution.

Que pensez-vous de la situation au Mali ?

« Le problème malien est le même que le nôtre »

Je n’ai pas les détails de leur situation. Mais je pense quand même qu’il y a deux (02) ans ou trois (03) ans que le Mali est en proie à des agitations. Bon, cela est mélangé avec le problème des Djihadiste etc., mais le problème malien fondamentalement, c’est le même que le nôtre. Ce sont les mêmes types de régime. Ce sont des régimes qui sont assis sur la volonté du Peuple. Ce sont des régimes qui sont puissamment soutenus de l’extérieur. Donc, ils n’écoutent même pas ce que dit le Peuple.

La Cedeao avait proposé comme solution que le pouvoir partage son pouvoir à 50% pour lui et 50% pour l’opposition et la société civile. Croyez-vous que c’est la solution pour que l’opposition quitte la rue ?

Dans ce cas d’espèce, c’est l’opposition qui a la parole. Maintenant, la Cedeao a proposé. Je crois que l’opposition a rejeté dans un premier temps. Parce que c’est une proposition qui avait été faite par IBK. Les gens avaient rejeté. Comme les autres sont des pacificateurs, ils sont venus essayer pour voir ce que ça peut donner. Tout dépendra de l’organisation et de la puissance de l’opposition malienne. Si elle a suffisamment de force, elle peut dire non à cette proposition et aller pour la solution pour laquelle elle se bat depuis longtemps. Je crois qu’ils ont dit que c’est la présence de IBK à la tête du Mali est le problème du Mali. C’est ce qu’ils ont dit. Est-ce qu’ils auront la force d’aller jusque-là ?  Je ne suis pas là-bas pour le dire ?

Aujourd’hui, le PCCI réclame combien de militants et quels sont ces bases ?

Dans nos pays c’est difficile. Parce qu’il n’y a pas d’enregistrement de militants en tant que tel. Il n’y a pas de registres, des cartes de membres. Donc les bases s’apprécient comment ? Si je veux rendre visite dans une zone, ce sont les militants qui sont là-bas qui vont préparer mon accueil. Cela donne une idée, même si c’est approximatif, de ce que je représente dans cette zone. Nous avons aujourd’hui à Abidjan, des points d’appui. Dans les zones hors d’Abidjan à l’intérieur, il y a des villes où nous avons des bases. Mais nous ne pouvons pas dire combien de personnes sons dedans. Nous comptons sur les éléments les plus aguerris qui sont là autour de qui se regroupe l’ensemble de nos sympathisants.     

Nous sommes à année électorale. Aussi, pendant que certains disent que tout va pour le mieux pour le Peuple ivoirien, d’autres disent que ce même Peuple souffre. En tant que responsable politique, quel message avez-vous à lancer à l’endroit du Peuple ivoirien ?

« Les élections législatives pourraient nous intéresser »

Je dirai au Peuple ivoirien que tous les peuples ont beaucoup de difficultés. C’est vrai que ceux qui sont au pouvoir parlent de beaucoup de réalisations, donc défendent leurs bilans mais nous disons au Peuple ivoirien que pour que la Côte d’Ivoire s’en sorte, nous devons d’abord sortir du pacte colonial. Et pour ça, l’instruction du Peuple y compris dans les langues nationales est une nécessité. Un Peuple qui n’est pas instruit, ne peut pas accéder facilement au développement. C’est cette instruction générale de la population adulte, jeune qui fera de nous un peuple qui va compter permis les autres peuples qui décident de l’avenir de l’Humanité. La recherche scientifique et technique est aussi l’une des voies que nous devons renforcer. Quand je vois le budget qui est consacré à la recherche ici chez nous, ça n’atteint même pas 2% du budget. Or un Peuple qui n’approfondit pas son niveau de connaissance, ne peut pas être un Peuple émergent. Donc pour sortir du pacte colonial, nous devons débarrasser le pays de tout ce qui l’aliène. A savoir : tout ce qui aliène sa liberté, base militaire étrangère, le Français comme langue officielle obligatoire. Parce que quand on dit que le Français est langue officielle obligatoire, cela va tuer toutes nos langues. Or les langues constituent des richesses. A partir de quelques générations, on va se rendre compte qu’il y a des français et une sorte de créole en Côte d’Ivoire. Parce que les langues naturelles auront disparu. Faute d’avoir été entretenues. La langue c’est comme un organisme vivant. S’il n’est pas entretenu, il va mourir. C’est pour cela que je dis que pour la présidentielle, même si le PCCI ne présente pas de candidat, le PCCI se fera fort de donner au Peuple ivoirien, des indications qui lui semblent justes au moment opportun. Pour les législatives, nous n’avons pas encore décidé. Mais nous allons décider incessamment. Les législatives pourraient nous intéresser. Mais pour les élections locales : régionales et municipales, ça ne nous intéresse pas trop. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas dans un Etat de droit. S’il y a un maire communiste quelque part, si c’est l’Etat central qui doit lui donner son budget de fonctionnement, il ne lui donnera pas. Et comme ce n’est pas un Etat de droit, ce maire n’a pas de recours pour dire pourquoi on ne me donne pas de budget auquel j’ai droit. Ce sera la volonté d’un ministre de l’Intérieur. Voici le message que nous tenons aux Ivoiriens. Nous reviendrons vers lui pour lui donner des consignes précises de vote le moment précis pour l’élection présidentielle.

B.K      

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